mardi 20 septembre 2016

plus c'est gros plus ça repasse

On l'a compris depuis Markale II, réédition de Markale I qui avait si bien marché, la répétition paie mieux que l'imagination car elle assure qu'une opinion bien matraquée la première fois reconnaîtra facilement l'événement la deuxième fois. La vérité importe peu si le mensonge est crié plus fort par tous les médias, et si de plus un membre permanent du Conseil de Sécurité est en mesure d'interdire la publication des gênants résultats de l'enquête quelques années plus tard.
 
On se rappelle que lorsque le gouvernement syrien a fini par obtenir l'envoi d'une mission internationale d'enquête sur le bombardement chimique du 19 mars 2013 près d'Alep dont l'accusait unanimement la presse islamo-atlantiste nourrie par les agences de presse des pays de l'OTAN, et que l'arrivée de la commission d'enquête a été annoncée pour le 25 août 2013, de nouvelles attaques chimiques ont été perpétrées le 21 et le 24 août près de Damas et la commission a alors été déroutée là (où elle fut immédiatement attaquée par les islamistes), avec d'ailleurs le pas très curieux mandat de confirmer si une attaque chimique avait eu lieu mais l'interdiction de chercher à en déterminer les responsables.
 
Ce samedi 17 septembre 2016 les Etats-Unis d'Amérique, et certains de leurs alliés, ont été pris en flagrant délit de fourniture d'un appui feu aérien à une attaque cruciale de l'Etat Islamique contre l'armée régulière syrienne qui tentait de reprendre le contrôle de la frontière syro-irakienne, menaçant sérieusement la continuité des lignes logistiques de la guérilla islamiste, laquelle a immédiatement exploité l'appui aérien avec une parfaite coordination temporelle. D'après les témoignages, cet acte de guerre contre un Etat souverain a été doublé d'un crime de guerre puisque les avions ennemis, après avoir détruit l'unité syrienne, sont revenus en achever les blessés en les mitraillant, vraisemblablement au canon de 30 mm.
 
Les Etats-Unis ont été convoqués en urgence devant le Conseil de Sécurité de l'ONU pour s'en expliquer, la presse des pays membres de l'OTAN n'a pas fait état des débats et la Russie, à l'origine de la convocation, a joué de sa discrétion habituelle pour sauver l'image du pays qu'elle s'obstine à qualifier de partenaire. Sur un autre sujet, le vol MH-17 abattu par l'Ukraine, commence à apparaître l'ampleur de la pression exercée pour produire des fausses preuves contre la Russie.
 
Si on se rappelle les affaires de bombardements d'hôpitaux par les Etats-Unis généralement suivis d'accusations contre la Russie, il n'est au fond pas très surprenant qu'à peine trois jours après ces exactions étatsuniennes en Syrie, la Russie soit accusée nommément, par les Etats-Unis, d'avoir attaqué un convoi humanitaire de l'ONU, qui a d'ailleurs effectivement brûlé et vraisemblablement été attaqué par quelqu'un.
 
Opportunément, comme les équipes de télévision bosno-turques qui passaient toujours par là au moment où le marché de Markale (par exemple) allait être "pilonné", il y a des vidéogrammes déchirants réalisés presque par hasard par les faux Casques Blancs de la guérilla islamiste, rendus célèbres par leurs calomnies contre la Russie juste après le début de son intervention d'appui à la Syrie, et encore plus célèbres depuis leur récente réussite du garçonnet sur le siège orange, seule photographie publiée par les médias occidentaux parmi les dizaines d'autres qu'a réalisées le même photographe, pas toujours en casque blanc, pas toujours sans armes, pas toujours très neutre, et pas toujours compatissant envers les victimes, comme en témoignent notamment les enquêtes fournies de Vanessa Beeley.
 
On reviendra très prochainement sur l'imposture de ces faux Casques Blancs auxquels la presse atlantiste permet de continuer d'usurper l'appellation des seuls White Helmets reconnus par l'ONU depuis 1994.

dimanche 11 septembre 2016

opération Ronces - méthode tactique

L'estimation basse des effectifs nécessaires à l'opération Ronces a suscité de nombreuses réactions. Sur la question non de l'opportunité mais des moyens, une réaction typique consiste à dire "il suffit de donner carte blanche à l'armée et elle se débrouillera", comme s'il suffisait d'ordonner au ministre de l'aménagement du territoire de coloniser la Lune pour que ça se fasse. Il faut se rendre à l'évidence, et on ne va pas paraphraser ici l'étude exposée dans le Septième Scénario, il n'existe plus d'armée française puisque le gouvernement n'a conservé que quelques brigades. D'ailleurs pour manier la matraque et les menottes ou apaiser un auto-explosif fanatisé, l'Education Nationale a des effectifs plus conséquents et des savoir-faire plus appropriés que l'informaticien pointeur ou le camionneur livreur d'obus d'un canon de 155 mm.
 
Il faut donc procéder avec méthode. Selon M. Zemmour l'objectif de cette opération serait de "reconquérir ces terres devenues étrangères". Le pourquoi, pour combien de temps et pour quoi y faire ensuite appartient à l'échelon politique. Pour sa part l'état-major, cité dans le "quinquennat pour rien", traduirait cela en un nouvel état de choses à l'issue de l'opération, en l'occurrence le rétablissement de la souveraineté de la France (matérialisée par l'autorité de l'Etat) sur l'ensemble de son territoire. L'analyse de cette mission ferait apparaître la nécessité d'obtenir un effet majeur, la neutralisation de l'adversaire intérieur, dont le centre de gravité se situe dans les enclaves de droit non français. Tous les modes d'action possibles comprendraient au moins le bouclage et la perquisition de cinq mille enclaves (le centre de gravité), dont aucune ne peut être l'affaire de moins d'une compagnie (cent hommes) et une dizaine nécessiteraient une division (dix mille hommes), ainsi que le contrôle de quinze millions de personnes (l'effet majeur), soit, pour reprendre la référence citée par M. Zemmour, trente fois la population d'Alger en 1957. Tout cela devrait être mené simultanément. Enfin l'échelon politique imposerait certainement un impératif, la localisation et la neutralisation sur l'ensemble du territoire de quelques milliers de binômes auto-explosifs. Il n'y a besoin ni d'être un expert en gendarmerie ou en défense territoriale, ni d'avoir fait l'Ecole de Guerre, pour comprendre qu'il y faudrait des effectifs d'un autre ordre de grandeur que la Gendarmerie Nationale actuelle.
 
Tout tacticien reconnaîtra que la vague estimation minimale annoncée pour la première phase n'est pas exagérée. L'opération Ronces pourrait rester "dans les cartons" pour encore un certain temps.

jeudi 8 septembre 2016

opération ronces - première et deuxième phases

Les commentaires de Stratediplo sur l'opération Ronces annoncée par Eric Zemmour, et sa confirmation répétée que "évidemment ce plan existe", ont été pris suffisamment au sérieux pour obliger à dévoiler maintenant les deux premières phases de ce plan.
 
En effet on a consacré, l'année dernière, plusieurs mois à l'étude méthodique des réactions gouvernementales possibles à la sécession locale d'une minorité adepte d'une idéologie distincte, étude qui a débouché sur la rédaction du Septième Scénario.
 
On évacuera rapidement la question de l'adaptation nécessaire des méthodes israéliennes. D'une part le régime français actuel n'envisage ni peuple en armes ou armes chez le peuple, ni égalité des sexes pour trois ans de service militaire obligatoire. D'autre part les territoires métropolitains où s'exerce un droit non français sont constitués pour l'essentiel de grands ensembles d'immeubles collectifs, et non pas de petites maisons comme en Palestine, aussi la pratique israélienne de destruction systématique de toute habitation ayant hébergé un combattant adverse changerait drastiquement l'apparence du paysage suburbain français et engendrerait très vite des millions de sans-abris n'ayant plus rien à perdre.
 
Un expert aux sources sûres a assuré ce 8 septembre qu'il y a un quart de siècle, avant même la guerre de religion en Bosnie et Herzégovine, une division d'infanterie avait été préparée à la "reprise de la ville de Roubaix sous contrôle de milices islamiques", tâche qui n'a laissé ni trace ni souvenir (à un moment où les états-majors disséquaient l'improvisation Daguet) mais correspondrait effectivement aux capacités d'une telle division de l'époque, ou, il n'est pas inutile de le préciser, à l'effectif maximum prévu aujourd'hui pour l'ensemble de l'armée française en cas de "projection" (intervention) intérieure, sachant que son corps expéditionnaire représente, lui, l'équivalent d'une division d'infanterie et demi de l'époque. Certes, des Roubaix il en existe plusieurs, et des territoires qui ont échappé à la souveraineté du pays, en métropole, il y en a aujourd'hui plusieurs milliers, pas tous d'une taille justifiant l'intervention d'une division mais aucun pouvant être "repris" par moins d'une compagnie.
 
Quelques années plus tôt la défense territoriale (distincte du corps de manœuvre blindé mécanisé) alignait plusieurs centaines de milliers d'hommes pour chasser et détruire de manière décentralisée, sur l'ensemble du territoire, les petites équipes de Spetsnaz vouées aux sabotages et exécutions ciblées, et dont le volume maximum affecté par l'Union Soviétique au théâtre français était bien inférieur au nombre de "radicalisés" expérimentés présents aujourd'hui en France, et qui de plus n'évoluaient pas dans une communauté sympathisante d'un cinquième de la population française.
 
Et puisqu'Eric Zemmour a fait référence à la "bataille d'Alger", il n'est pas inopportun de rappeler que l'opération de pacification après la vague d'attentats, qui n'était pas une mission militaire, a nécessité en 1957 le déploiement pendant neuf mois, dans une ville moins peuplée que Strasbourg ou Bordeaux aujourd'hui, d'un effectif représentant une fois et demi le maximum que l'armée de terre est capable de déployer en métropole en 2016. Le gouvernement actuel (et ses prédécesseurs) s'est doté d'une capacité de traiter un "roncier" unique, bien délimité et très restreint en regard de l'ensemble du territoire national. Le Septième Scénario établit cependant en conclusion que, en s'affranchissant (en cas de péril) de sa planification officielle et à condition de pouvoir rapatrier à temps tous ses corps expéditionnaires, le gouvernement pourrait disposer d'effectifs permettant de traiter en même temps... trois autres "ronciers" équivalents.
 
Tout cela posé, on peut sans violer le moindre secret d'Etat avancer que la deuxième phase de l'opération Ronces sera l'instruction intensive, et orientée sur cette mission particulière, pendant six mois pour chaque unité devant être impliquée. Puisqu'un expert expliquait aujourd'hui que ce serait le rôle du Centre d'Entraînement aux Actions en Zone Urbaine, plus proche que la Palestine, on peut donc estimer la durée de cette deuxième phase en multipliant six mois par le nombre de sessions nécessaires pour former, par contingents de 250 stagiaires, les divisions ou les forces territoriales sélectionnées pour l'opération.
 
Avant d'aller plus loin on rappellera que, sans préjudice des valeurs absolues, la proportion des citoyens d'obédience étrangère parmi la population française est bien inférieure à ce qu'elle est en Palestine. On peut aussi raisonnablement supposer que le soldat qui défend sa patrie est plus motivé que celui qui soumet un territoire occupé, et on prendra pour hypothèse simplificatrice que six mois de formation intensive en France valent trois ans de service militaire en Israël.
 
La première phase de l'opération Ronces, et on laissera chacun calculer la durée de cette phase selon ses propres critères d'estimation, consistera donc nécessairement à recruter, en fonction des chances de succès que l'on souhaite donner à l'opération et de la durée que l'on souhaite lui consacrer, entre un et trois millions de militaires.
 
Avis aux volontaires.

mercredi 7 septembre 2016

opération ronces-voeux

L'expression qui sera rapidement sur toutes les premières pages, c'est "opération Ronces".
 
Il est vrai qu'Eric Zemmour ne laisse pas indifférent, il ne mâche pas ses mots, il sait jouer de l'audience qu'on lui offre (bizarrement ?) facilement, et ses fidèles assurent qu'on ne l'a jamais pris en défaut d'information, jusqu'à présent. Toute occasion de diversion étant bonne à prendre, une partie de la presse, peu gênée de commenter un livre qu'elle n'a pas lu, annonce que M. Zemmour vient de révéler le plan de l'armée française pour reconquérir les terres perdues par la France en métropole. Une autre partie de la presse, qui a lu les trois lignes en question, annonce qu'il a révélé, du moins, l'existence et le nom de ce plan.
 
Car évidemment ce plan existe.
 
Il existe aussi sûrement que le fantasme de coup d'Etat militaire éventé il y a trois ans par le Lys Noir et son fidèle lecteur tombé tout petit dans les questions de démilitarisation, qui assurait que le ministère prenait l'affaire très au sérieux et qui activait ses sources bien informées. Il existe, et tous les officiers d'état-major de l'armée de terre et de la gendarmerie savent qu'un tel plan ne tient pas "dans les cartons".
 
La planification de l'opération Ronces a certes bénéficié, c'est M. Zemmour qui le dit, du retour d'expérience de l'armée israélienne, que le gouvernement français a certainement choisie en raison de ses résultats (comme chacun sait) décisifs, positifs et exemplaires à Gaza, et qu'un certain nombre d'officiers français ont donc été chargés de noter, analyser, conceptualiser et formaliser. Cela ne saurait évidemment suffire, et l'état-major de l'armée de terre, riche en spécialistes de la coordination multinationale de patrouilles sur axe routier dans les vallées afghanes, a dû amener ses officiers traitants, diplômés et brevetés d'état-major, à dérouler leur fameuse méthode de définition du contexte physique et humain, détermination des effets majeurs à obtenir, identification des points décisifs, choix des modes d'action etc., en vue de l'élaboration d'une conception de manœuvre, en amont de l'entrée en scène des spécialistes chargés, pour leur part, de la déclinaison spécifique en termes techniques et tactiques des composantes appuis, renseignement, mobilité, transmissions, logistique... la planification d'une telle opération n'étant pas l'affaire d'un général et de deux colonels. Comme on le lisait aujourd'hui sur certains media, l'élaboration de ce plan a nécessairement impliqué aussi les bureaux opérations des régiments d'infanterie (susceptibles d'être) concernés, à la grande joie certainement des commandants et lieutenants-colonels sortis d'école après la guerre de Bosnie et Herzégovine et instruits par des anciens de la tempête du désert irakien.
 
Il est vrai aussi qu'après avoir rigolé de l'emballement étatsunien à citer abondamment le colonel Galula à contresens et à contre-emploi, les officiers français d'après le Pacte de Varsovie et le service mononational à menu unique n'ont plus eu honte de consulter en librairie les réflexions du colonel Trinquier. Cela n'a pu que faciliter les études du commandement de la doctrine, chargé de rédiger les manuels d'emploi des forces et les traités d'instruction (toutes armes ou spécifiques), sachant qu'un nouveau concept d'emploi des armées françaises, ou la résurrection d'un concept oublié depuis plus de deux générations, n'est pas aussi simple à adopter et mettre en œuvre qu'un vulgaire logiciel de paye.
 
Donc évidemment puisque ce plan existe, on peut avouer maintenant que pratiquement tous les officiers supérieurs sont au courant.
 
L'année dernière, aux six scenarii (scénarios selon la terminologie gouvernementale) de recours aux moyens de la défense, définis par le Livre Blanc de 2008, a été discrètement ajouté un septième scénario. On a étudié le volume des forces utilisées à Alger en 1957, à Bab el Oued en 1962, et jusqu'à Baltimore en 2015. On a déterminé les capacités réelles de ce qui reste d'armée de terre française pour divers types de missions, dont la stabilisation d'une agglomération et la sécurisation de la population. On a étudié un enchaînement type (à titre d'exemple possible) de circonstances pouvant conduire à ce scénario, et pris en compte le rôle possible des forces de maintien de l'ordre de deuxième catégorie. On a même envisagé la proclamation (un 14 novembre, coïncidence plus que prophétie) de l'état d'urgence défini en 1955, et on a déterminé que par contre l'état de siège ne serait pas proclamé car il n'apporterait rien. On a, évidemment, tiré toutes les conclusions sur l'issue possible, en l'état actuel et surtout dans le volume actuel des moyens militaires français, en d'autres termes on a déterminé quel volume maximal de population il serait possible de sécuriser. Et oui, cette étude d'état-major a été présentée aux plus hautes autorités militaires, tout en étant accessible au public (www.lulu.com/fr/shop/stratediplo/le-septième-scénario/paperback/product-22330739.html).
 
Mais pour ce qui est du plan mis au point, "déjà dans les cartons" et baptisé Opération Ronces, la fuite ne peut provenir que du fameux Dugommier, qui vient d'obtenir un temps de commandement de deux ans aux Kerguelen.

dimanche 28 août 2016

rapprochement n'est ni alliance ni convergence

La synthèse sur le rapprochement turco-russe appelle une clarification.
 
On n'évoquait là qu'un rapprochement stratégique en vue de la guerre qui se prépare, et uniquement dans l'optique où la Turquie anticiperait une victoire de la Russie sur le terrain, sans préjudice des implications en termes d'équilibres mondiaux pour la suite du siècle.
 
Quant au fond, ces deux pays sont mûs, hors contingences martiales étatiques immédiates, par des moteurs multiséculaires d'un poids et donc d'une inertie qui dépasse largement les capacités de manœuvre de leurs gouvernements respectifs. Leurs orientations ne sont pas, comme pour les jeunes (et excentrés) Etats-Unis d'Amérique, dictées par des préoccupations courtement tactiques dans l'abstraction volontaire ou l'ignorance sincère des grands mouvements de l'humanité. Les Etats-Unis, culturellement soumis aux diktats du court terme, commettent régulièrement des fautes géopolitiques et stratégiques dont certaines ont d'aillleurs déjà scellé leur courte histoire, et accessoirement aussi mis en péril la civilisation dont ils sont issus et la planète où ils sont situés.
 
En comparaison, on ne va pas revenir là sur mille ans d'histoire de la Turquie, mais ce qui est indéniable c'est que les peuples qui ont pris Moscou puis Constantinople et ont assiégé Vienne se voient régulièrement rappeler leur vocation à prendre Rome, encore dernièrement par le diplômé en théologie musulmane et président de la république Erdogan. Même certains peuples arabes, qui avaient accueilli avec soulagement la première croisade quelques décennies seulement après la conquête turque et qui ont été libérés du joug empaleur il y a tout juste un siècle, se laissent prendre au discours panislamique de la fin des éternelles querelles tribales bédouines. Au sud donc vers un monde arabe turbulent mais majoritairement musulman, à l'est surtout vers un monde turcophone récemment morcellé (fin de l'URSS) et culturellement acquis, et à l'ouest enfin vers une Europe dont l'Allemagne unifiée lui a réouvert les portes (en 1992) que l'Autriche avait réussi à plus ou moins contrôler pendant plusieurs siècles avant d'être démembrée il y a cent ans, la Turquie se sent le vent en poupe pour reprendre sa marche historique, que le gouvernement actuel vante à haute voix, comme à Strasbourg le 4 octobre 2015. Les descendants arabes du messager d'Allah sont divisés, le rôle du califat reste fidèlement et correctement assumé par l'université Al-Azhar et un simple mais solennel adoubement par celle-ci de la dirigeance turque suffirait à réunifier plus que spirituellement le monde sunnite.
 
De son côté le plus grand pays du monde, tout en se satisfaisant à lui-même et en n'ayant pas besoin des autres, se trouve à une convergence historique où d'une part les peuples ont réalisé la vanité pernicieuse du matérialisme sous toutes ses formes (communiste comme capitaliste) et se sont réapproprié leur héritage culturel et spirituel, et d'autre part le gouvernement s'est rendu compte qu'il reste le dernier bastion de la civilisation chrétienne, pour un temps identifiée à l'Europe. A cet égard il convient de rappeler que la Russie n'est pas seulement dépositaire de l'orthodoxie depuis longtemps minoritaire dans le monde chrétien, mais qu'en reconnaissant (tardivement) le message délivré par la Vierge à Fatima il y a un siècle le premier patriarcat en termes numériques, certes déviant en termes dogmatiques mais représentant cependant un sixième de l'humanité, a investi la Russie de la défense de la Chrétienté. A la veille d'être de nouveau détruite Rome a ainsi reconnu la passation historique du flambeau de Constantinople à Moscou il y a un demi-millénaire, peu après avoir accepté l'annulation des anathèmes réciproques qui ont divisé la Chrétienté pendant neuf siècles. Les populations russes ne sont pas plus conscientes de cette nouvelle investiture de leur pays que les populations anatoliennes le sont de la mission que reprend le leur, de même que les populations autochtones d'Europe occidentale n'ont pas réalisé qu'elles devront bientôt se lancer dans de grandes migrations vers le nord-est imposées par la conjugaison de l'extrémisation climatique et de l'expansion barbare.
 
Il n'y a donc rien de plus artificiel que les fantasmes de convergence philosophique "eurasienne" (ou orthodoxo-musulmane), imaginés par certains cosmogonographes étatsuniens prêchant le choc de "blocs civilisationnels" découpés selon des souhaits arbitraires et contre nature, adoptés par certains idéologues russes déçus de l'hostilité ouest-européenne, et vulgarisés par certains pourfendeurs d'un complot mondial "anglosioniste" et défenseurs d'un prétendu islam assagi imaginé en abstraction et par soustraction du Coran.
 
La Turquie millénaire, soutenue par les Etats-Unis du court terme, a relancé la conquête du monde par l'Islam. La Russie renaissante, et dont les territoires désertiques convoités par la patiente Chine surpeuplée pourraient abriter l'ensemble de la Chrétienté, a été investie de la défense de la civilisation face à la barbarie.
 
Si Constantinople voire Phocée étaient encore grecques, si Sotchi et Sébastopol n'étaient pas russes, si Contanta et Odessa étaient ottomanes, ou si l'hostilité des Etats-Unis envers la Russie ne passait pas par la mer Noire, la question des détroits ne se poserait pas de la même manière, ou pas du tout. Les rapprochements stratégiques dictés par la géographie présente pendant les épisodes martiaux des derniers soubresauts du monde capitaliste ne sont que circonstanciels.

jeudi 25 août 2016

rapprochement turco-russe

On s'interroge sur l'authenticité et la solidité du retournement soudain de la Turquie vers la Russie, à la veille de l'attaque de cette dernière par l'OTAN.
 
Sur le plan commercial, il est certain que la Turquie n'a pas plus d'états d'âme que les Etats-Unis d'Amérique, qui ont été les premiers bénéficiaires du blocus économique qu'ils ont réussi à faire imposer par l'Union Européenne contre la Russie, et qui leur a permis d'accroître considérablement leur commerce bilatéral avec celle-ci en 2015 puis en 2016. De la même manière, après s'être inconsidérément privée des retombées économiques (hypothétiques) du futur gazoduc russe en acceptant la décision uniopéenne de ne pas contourner le goulet d'interception ukrainien, la Turquie s'est inconsidérément privée du tourisme russe en abattant un avion russe en Syrie et en assassinant son pilote. L'effondrement subit du secteur touristique en Turquie cet été n'a pas été totalement compensé par le développement de l'industrie d'acheminement des masses de clandestins vers les îles grecques, secteur d'ailleurs en récession depuis que l'Union Européenne vient directement chercher les colons dans les aéroports turcs, aussi le rétablissement de liens, au moins de façade, avec la Russie, permet d'entrevoir un relèvement du secteur touristique.
 
Sur le plan politique, peu importe que les Etats-Unis aient réellement fomenté la tentative de coup d'Etat ou pas, le fait est qu'ils ont évité de condamner cette tentative avant d'être certains de son échec, contrairement à la Russie fidèle à son principe diplomatique de ne traiter qu'avec des gouvernements établis, fussent-ils ennemis comme le pouvoir issu du coup d'Etat de février 2014 en ex-Ukraine. Le fait est que les Etats-Unis ont refusé la demande du gouvernement turc d'extrader l'opposant Gulen, qui devait permettre au gouvernement d'Erdogan, qu'il soit victime ou coupable de cette tentative de coup d'Etat à l'origine d'une épuration massive, de désigner et juger un responsable.
 
Sur le plan des relations intercontinentales, la Turquie a compris d'une part que ses relations avec l'Union Européenne sont indépendantes de ses relations avec les membres de celle-ci, qu'il s'agisse de questions migratoires, tributaires ou autres, et d'autre part que les membres ne sont même pas d'accord entre eux quant aux mesures d'hostilité à mettre en œuvre fave à la Russie. Son indépendance reste donc entière par rapport aux membres européens de l'OTAN.
 
Sur le plan militaire justement, la Turquie, qui dispose de la deuxième plus grande armée de l'OTAN après celle des Etats-Unis et peut-être de la première en termes de capacités opérationnelles, et dont certains officiers généraux ont commandé les brigades de la guérilla islamiste en Syrie, a réalisé que les forces russes devancent désormais les forces étatsuniennes tant en termes de contrôle du théâtre d'opérations (électronique) qu'en termes purement techniques (supériorité des matériels), sans parler des facteurs humains comme l'acceptation des pertes propres, ou politiques comme la distinction entre les cibles militaires et la population ambiante. Elle a déjà eu plusieurs confrontations aériennes, parfois de simple intimidation réciproque, entre ses avions de fabrication étatsunienne et ceux de l'aviation russe, et elle connaît aussi de près la marine russe. Au fur et à mesure que les intentions étatsuniennes se précisent et se confirment, et que l'on passe des provocations épisodiques à un véritable engagement général, la Turquie aux premières loges peut être réticente à jouer les pions de première ligne d'une puissance lointaine.
 
Certes sur le plan géoculturel la Turquie a ses propres intérêts, qui ne sont pas au sud dans l'espace arabe (Syrie comprise) que l'empire ottoman a perdu il y a un siècle, mais à l'est dans l'espace turcophone désormais ex-soviétique mais toujours ex-turcoman. La Turquie n'avait d'ailleurs pas attendu la dissolution de l'URSS pour soutenir les perpétrateurs musulmans des massacres de chrétiens, comme à Soumgaït et Bakou. Ensuite elle a laissé passer les autres pays de l'OTAN (Etats-Unis en tête) venus entraîner en Géorgie les islamistes opérant en Russie (Tchétchénie, Ingouchie et Daguestan), mais elle s'est réservée le soutien à son protectorat l'Azerbaïdjan et menace régulièrement l'Arménie d'une intervention directe dont elle n'est dissuadée que par le soutien russe aux populations chrétiennes de la région (Arménie et Haut-Karabakh), déjà crédible après la deuxième guerre de Tchétchénie et encore plus depuis la mise en échec de la tentative géorgienne de vider l'Ossétie du Sud de ses habitants, à l'été 2008. C'est cependant dans le Caucase que la Turquie a ses véritables intérêts (énergétiques inclus) et doit concentrer les efforts de son jeu d'échecs permanent avec la Russie, plutôt qu'en Syrie où elle ne fait que représenter les intérêts atlantistes et arabes, au risque d'ailleurs de se fâcher à terme avec Israël si la Turquie devait avoir un jour une frontière (d'Etat ou de dépendances) commune, perspective inéluctable en cas de disparition ou démembrement de la Syrie.
 
La Turquie a besoin d'une entente plus ou moins cordiale, ou du moins d'un ménagement mutuel, avec la Russie car, sur le plan géopolitique, sa survie se trouve sur les détroits. Or la liberté de circulation dans les détroits est essentielle pour la Russie, raison pour laquelle tour à tour l'Angleterre, la France, la Turquie elle-même et aujourd'hui les Etats-Unis tentent de les clore pour interdire à la flotte russe l'accès à la Méditerranée et à l'Océan Indien. La convention de Montreux, plusieurs fois violée par les Etats-Unis ces dernières années, est la sage expression d'un équilibre local nécessaire à tous. Après quelques tâtonnements elle a été la condition sous laquelle les grandes puissances ont "rendu" à la Turquie les rives des détroits, et celle-ci sait qu'elle ne les garderait pas longtemps si elle décidait de les fermer définitivement aux riverains de la Mer Noire. La Turquie ne craint certainement pas que la Grèce puisse rêver de reprendre la Thrace orientale, mais elle ne peut pas ignorer qu'en cas de conflit militaire ou civilisationnel majeur avec la Russie celle-ci pourrait être tentée de libérer Constantinople, ce qui relèguerait la Turquie à l'Asie mineure.
 
C'est là que se trouve le nœud de la relation turco-russe. Le Caucase n'est qu'un théâtre secondaire, car même si la Turquie s'en croit souveraine historique son existence n'y est pas engagée, et ne le serait pas même si la Russie s'y sentait plus qu'un simple devoir de solidarité avec les peuples chrétiens locaux. La Turquie et la Russie pourraient même s'affronter sérieusement dans le Caucase, aucune ne pourrait y saigner fatalement son adversaire. Mais il n'en est pas de même des détroits, qui sont vitaux pour la Russie et existentiels pour la Turquie. Le status quo actuel n'est peut-être pas parfait mais il a survécu à la deuxième guerre mondiale et à la confrontation entre l'OTAN et le Pacte de Varsovie. Or dans la prochaine et imminente guerre que l'OTAN, dont fait partie la Turquie, prépare contre la Russie, la fermeture des détroits figure certainement parmi les objectifs prioritaires des Etats-Unis. La Turquie aura donc un choix crucial à faire pour éviter de se retrouver, à l'issue, dans le camp des vaincus.
 
Tant que la confrontation majeure n'est pas en cours, la Turquie peut combattre la Russie en Syrie, théâtre qui intéresse surtout l'OTAN, ou dans le Caucase, théâtre qui intéresse autant la Turquie que la Russie. Mais lorsque les armes parleront autour du Bosphore et des Dardanelles, la Turquie n'aura pas d'autre option que de se ranger du côté du futur vainqueur.

offensive terrestre de l'OTAN en Syrie

L'offensive terrestre de l'OTAN en Syrie, passée au stade blindé hier 24 août, ne fut pas une surprise.
 
Déjà le 9 juin le gouvernement français a reconnu avoir introduit des troupes terrestres sur le territoire national de la Syrie, sans dire depuis quand. Au même moment la Syrie protestait aussi contre la présence avérée de forces allemandes, et la BBC préparait un reportage sur les forces britanniques, qui serait diffusé le 9 août. Ces trois armées, comme celle des Etats-Unis d'Amérique, prétendent n'avoir que des forces spéciales à vocation d'instruction. Tout d'abord il faut rappeler qu'aucune organisation internationale légitime n'a donné mandat aux pays de l'OTAN d'instruire la guérilla islamiste en Syrie. Ensuite et pour le profane il faut préciser que ce que l'on appelle pompeusement aujourd'hui forces spéciales sont des troupes régulières, certes spécialisées dans les opérations spéciales c'est-à-dire essentiellement par leur mode d'engagement. Lorsque le gouvernement français prétend "compenser" la dissolution ou la réduction d'une grande unité (parachutiste, héliportée ou amphibie par exemple) par la montée en puissance d'un corps hautement spécial de cent hommes au sein d'un rutilant commandement des opérations spéciales, il ne fait que transférer hors du commandement terrestre une compagnie rescapée d'un régiment de la grande unité dissoute ou réorganisée, mais il s'agit des mêmes hommes dotés des mêmes équipements et entraînés aux même modes d'action : on change le béret mais on réduit cependant le volume de troupes disponibles pour les actions dans la profondeur ou hors front, qui sont les seules que l'on puisse encore mener après la dissolution du corps de manœuvre.
 
En réalité la présence de troupes des pays de l'OTAN sur le théâtre d'opérations (en Syrie) en complément de celles des pays arabes confirme l'échec ou l'insuffisance de l'entraînement de ces dernières par les premières dans les bases arrières de Turquie et de Jordanie, menée par des instructeurs spécialisés : c'est là tout le sens du passage de relai des militaires spécialisés aux forces spéciales. L'instruction au camp est dispensée par des spécialistes, en général sous-officiers, et relevant selon la technique qu'ils enseignent de l'arme des transmissions, de l'artillerie, du génie la coopération militaire française a élevé au niveau de l'excellence l'organisation de la formation militaire et tactique de pays (pas des insurrections comme en formait l'URSS) brutalement confrontés à une menace supérieure à leurs attentes et capacités stratégiques. Les détachements d'assistance technique, pour leur part, constitués conjointement par l'arme d'emploi (infanterie ou cavalerie par exemple) et par le service de maintenance (matériel) voire avec une participation civile industrielle (constructeur), ont pour mission de former les combattants étrangers, autrefois soldats réguliers de pays reconnus, à l'utilisation des matériels vendus ou cédés par la France. Mais on n'envoie pas une unité constituée pour instruire des forces étrangères. Une unité constituée, avec son encadrement organique tactique et avec son tableau d'effectifs au complet, y compris ses soldats qui sont plus fréquemment des exécutants que des pédagogues, n'a pas une vocation d'instruction mais d'action. Au demeurant, quand les reportages montrent des Français le FAMAS à la main ça ne peut pas être pour instruire des combattants armés de M16 comme l'Etat Islamique ou de AK47 comme les factions plus pauvres, de même qu'on n'enseigne pas l'usage tactique du pick-up Toyota sur un véhicule blindé léger fermé. Plus généralement, on n'enseigne rien sur le théâtre même des opérations. Quant au fameux conseiller militaire, celui que la France envoyait auprès d'un état-major étranger ou celui que l'URSS détachait comme commandant adjoint de la moindre unité élémentaire de l'armée assistée, il est officier, il n'est pas forcément armé, et il est véritablement intégré à la structure d'accueil donc il n'est pas envoyé avec son unité organique.
 
Il y a certes le cas des Etats-Uniens, appartenant à une armée régulière ou des unités corsaires privées toutes plus connues pour la lourdeur de l'index (le doigt qui appuie sur la détente) que pour les qualités pédagogiques, et qui sont donc envoyés directement comme servants d'armes modernes récemment livrées que les moudjahidines afghans ou lyonnais n'ont pas étudiées dans leurs champs de pavot ou leurs centres sociaux de banlieue, en particulier les nouveaux missiles antiaériens légers censés priver l'armée régulière syrienne de l'appui aérien russe. Mais pour l'essentiel les forces spéciales des pays européens de l'OTAN sont engagées en unités constituées, du niveau de la section ou de la compagnie, pour éclairer (et parfois tirer vers l'avant) les forces de la guérilla. Celles de la France sont, aux dires (toujours tardifs et rarement exhaustifs) du gouvernement, uniquement affectées aux Forces [modérément] Démocratiques Syriennes, qui combattent modérément par les armes l'armée régulière loyale au gouvernement élu et ne terrorisent que modérément la population du nord-est, où elle décapitent modérément surtout les enfants et ne dispersent des charges chimiques modérées que par mortiers, faisant là le "bon boulot" que leur reconnaissait le ministre français des Affaires Etrangères le 12 décembre 2012.
 
Comme on l'écrivait dès le début de l'agression contre la Syrie, une offensive terrestre majeure et, le cas échéant, une occupation, ne pouvait être exécutée que par la Turquie, plus puissante armée de terre de l'OTAN après celle des Etats-Unis, et de plus voisine contigüe de la Syrie. Coïncidemment, les Etats-Unis d'Amérique ont, ces dernières semaines, retiré leurs avions de la base aérienne d'Incirlik, mais aussi appelé tours leurs ressortissants à éviter la Turquie et plus particulièrement le sud, même en cas d'intérêts commerciaux privés. La semaine dernière ils ont appelé l'aviation russe à éviter le nord-est de la Syrie. L'opération blindée lancée hier par la Turquie exige la maîtrise aérienne de la zone d'opérations, qui, compte tenu de l'indigence antiaérienne organique des grandes unités terrestres de conception OTAN, ne peut être assurée que par une force aérienne. Soit cette opération a stratégiquement planifié le sacrifice d'un groupement blindé, soit plus vraisemblablement elle implique ce que les stratèges de l'OTAN appellent pudiquement l'établissement d'une zone d'interdiction aérienne (à l'ennemi, en l'occurrence l'aviation de la Syrie), c'est-à-dire la confiscation (saisie et occupation) d'une portion de l'espace aérien syrien, si longtemps demandée par la Turquie à ses parrains, ce qui signifie un repli (ou un aquiescement) de l'armée de l'air russe à laquelle la Syrie a confié le contrôle et la gestion de cette partie de son espace aérien. L'armée de l'air turque a d'ailleurs fourni un appui feu direct au raid blindé, par des attaques au sol contre des positions kurdes (de Syrie) près de la ville de Jarablos.
 
Autre provocation manifeste, en expliquant la modération de son incursion terrestre sur le territoire de son voisin, le gouvernement turc a pris soin d'annoncer hier 24 août qu'une seule dizaine de chars de combat était entrée en Syrie, et aujourd'hui 25 qu'une deuxième unité du même volume l'avait rejointe. Le commandement militaire turc ne peut avoir aucune illusion quant à l'effet tactique d'un ou deux escadrons, ce qui signifie évidemment qu'il n'a mentionné que les matériels majeurs (le char de combat impressionne toujours la presse), lesquels sont évidemment accompagnés d'infanterie, d'appuis et de soutiens. Mais en ne parlant que d'unités élémentaires, on affirme que le commandement du régiment est resté en Turquie, soit dans un état-major de campagne soit même à la caserne, et on ne mentionne même pas la grande unité qui conduit nécessairement une opération, même présentée comme mineure, d'intrusion et intervention dans un pays voisin, dont la dimension aéroterrestre, donc interarmées, est pourtant nécessaire. En d'autres termes, on invite l'ennemi, c'est-à-dire autant le pays dont on viole le territoire et la souveraineté que l'allié auquel ce dernier a demandé assistance militaire, à exercer son droit de poursuite ou une frappe de décapitation du commandement sur le territoire même de l'envahisseur, en l'occurrence en Turquie, dans un pays membre de l'OTAN qui ne manquerait pas alors de se déclarer agressé et d'en appeler à l'application de l'article V du traité de Washington, après convocation outrée de la presse pour l'instant bannie de toute la bande frontalière sud de la Turquie.
 
C'est pourtant bien l'OTAN qui a pris l'initiative et agressé la Syrie. Non seulement aucune autorité de l'alliance ou d'un quelconque pays membre n'a condamné l'agression turque, mais l'OTAN n'a pas non plus démenti les déclarations de l'état-major turc, parues dans toute la presse du pays, selon lesquelles il ne s'agit pas d'une opération turque en Syrie mais d'une opération de l'OTAN contre l'Etat Islamique (en Syrie puisque c'est là que les membres de l'OTAN l'ont installé). Parenthèse, bien que tous les pays qui interviennent en Syrie prétendent aujourd'hui lutter contre ledit Etat Islamique créé par les Etats-Unis, il n'y a en réalité en Syrie que deux partis, d'une part le gouvernement légitime, soutenu par la très grande majorité de la population y compris les Kurdes qui ont créé leurs milices défensives dans leurs régions éloignées, et d'autre part la guérilla islamiste, soutenue tant par l'Alliance Atlantique que par les pays arabes, même si ces derniers ont leurs préférences respectives parmi la multitude d'unités qui changent de nom tous les six mois au gré de leurs espérances de recevoir une subvention arabe sous condition d'inclure l'adjectif "mahométan" dans leur intitulé ou un lot d'armement européen sous condition de le remplacer par "démocratique". Le ministre turc de la Défense Fikri Isik a déclaré que la Turquie ne retirerait ses troupes de Syrie qu'après avoir livré le contrôle de cette région à l'Armée Syrienne Libre. Or l'ASL n'existe pas, du moins sur le terrain en Syrie, puisqu'elle n'est plus qu'une vitrine présente en Turquie pour recevoir le jour les fonds, armes, combattants et journalistes envoyés par les pays occidentaux ou arabes, et auprès de laquelle viennent s'approvisionner la nuit les diverses factions islamistes plus ou moins rivales qui combattent le gouvernement légitime syrien et terrorisent la population.
 
De toute évidence, quel que soit l'objectif stratégique de l'OTAN, qu'il soit de défaire définitivement la Syrie ou d'en découdre avec la Russie, l'objectif opératif est bien l'ouverture d'un couloir terrestre de renforcement des forces islamistes d'Alep à partir du nord, afin de leur acheminer de Turquie les renforts matériels et humains qu'elles réclament depuis que l'appui aérien russe a permis à l'armée régulière syrienne de mettre fin au siège du quart ouest de la ville et de secourir les 80% de la population qui s'y sont réfugiés au fur et à mesure de la prise et de la destruction des quartiers est et nord par les terroristes islamistes. Parallèlement une grande campagne médiatique, dont on reparlera, prétend exiger la fin de la contre-offensive de l'armée gouvernementale qui vise à libérer Alep (les parties occupées par les islamistes), et quelques membres bien intentionnés de l'OTAN et du conseil de sécurité de l'ONU préparent certainement une proposition de résolution dans le même sens, qui leur permettra de désigner la Russie comme trouble-guerre s'opposant à l'adoption d'une résolution pacificatrice
 
De son côté et à son habitude, la Russie ne répond pas aux provocations de l'OTAN et semble tacitement accepter l'opération terrestre tant qu'elle reste limitée à la séparation des milices kurdes et ne menace pas directement l'opération syrienne de libération d'Alep.

lundi 18 juillet 2016

encore combien de Milk Bar

On ne fera pas long, tout reste à faire mais tout a été dit. Néanmoins la répétition des même réflexions a au moins le mérite de contribuer au volume général de la protestation.
 
On s'interroge sur les prochains stades de l'escalade des opérations de relations publiques gouvernementales, au-delà de la destruction, annoncée par le président de la République à ses 12% d'approbateurs résiduels quelques heures après les sacrifices de Nice, de détruire un peu plus d'infrastructures syriennes après soigneuse évacuation de leurs occupants qataris.
 
Sur le plan intérieur la gesticulation en cours rappelle le printemps 2009, où le gouvernement avait grandiloquemment décrété le plan national de prévention et de lutte contre la pandémie grippale, puis son escalade législative phase après phase pour cacher sa décision non seulement de n'en appliquer aucune, mais aussi de laisser volontairement entrer la grippe Smithfield. Il en est de même, on l'a expliqué dès le début, de l'état d'urgence. Aujourd'hui certains appellent l'instauration du couvre-feu. Dans l'étude d'août dernier sur le Septième Scénario, qui annonçait la proclamation de l'état d'urgence un 14 novembre (involontaire prophétie), c'était justement pour pouvoir instaurer le couvre-feu en certains lieux que le gouvernement décidait de déclarer l'état d'urgence (comme en 2005). Or l'état d'urgence a bien été déclaré le 14 novembre mais le gouvernement n'a pas jugé opportun d'instaurer un couvre-feu dans les parties du territoire où son autorité est encore respectée. En soi d'ailleurs un couvre-feu nocturne ne changerait pas grand-chose puisque les sacrifices humains bismillah sont préférentiellement exécutés de jour, nonobstant quelques exceptions dans la pratique. De toute façon les quinze millions de partisans de cette pratique, et les quelques exécutants passés à l''acte jusqu'à présent, accordent à la loi coranique une autorité supérieure aux lois et décrets étatiques. La circulation d'un gros camion frigorifique en infraction des interdictions de centre ville, d'horaires vespéraux et de livraison les jours fériés n'est pas plus exceptionnelle que la tolérance des arsenaux des enclaves suburbaines de droit extraterritorial ou le laissez-passer sans contrôle accordé à toutes les encagoulées intégrales dans les aéroports de France et de Mayotte, sous état d'urgence comme sous état de patience : même en dehors des zones de droit coranique, l'exécutif ne fait plus appliquer les lois votées par le législatif, ou du moins il en exempte certaines populations et prend bien soin de leur faire savoir que ce n'est pas de la négligence aléatoire mais une exemption ciblée, au sens propre un privilège, accordé non pas à un individu selon son mérite mais à une communauté selon sa croyance… discours promotionnel dont l'effet, voire l'objectif, ne peut être que la propagation de ladite croyance qui accorde ainsi un statut supra-citoyen en France.
 
Quant à l'état de siège au sens de l'article 36 de la constitution, on a également déjà répondu à ceux qui en rêvent aujourd'hui. Comme en matière de pandémie, il est ridicule, donc contre-productif pour l'autorité de l'Etat, de décréter un nouvel état institutionnel avant d'avant appliqué les mesures prévues au stade précédent. Or il y en a beaucoup, et bien plus efficaces que l'instauration d'un couvre-feu dans les zones d'obéissance civique. Sur le territoire national, le transfert de l'autorité civile à une autorité militaire n'a plus aucun sens aujourd'hui en France. Il s'agirait de faire passer les centaines de milliers d'effectifs de police professionnelle sous le commandement de quelques officiers généraux exclusivement issus du corps expéditionnaire de manœuvre, puisque la restauration précipitée d'un symbolique commandement territorial ne peut pallier ni la dissolution des forces de défense du territoire, ni la déqualification méthodique, à leur corps défendant, des cadres de réserve, deux chantiers de désarmement menés depuis vingt ans par l'état-major conjoint Bercy-saint-Dominique. Qu'il s'agisse d'un simple couvre-feu à vocation publicitaire ou d'une véritable opération de perquisition et désarmement des enclaves extra-étatiques en France, il faudrait s'attendre non pas à une collaboration civique généralisée mais à l'insurrection, spontanée ou intimée, de l'ensemble des zones concernées, alors que l'effectif militaire maximal déployable ne permettrait même pas de sécuriser une seule métropole régionale, comme on l'a démontré, par les chiffres et selon les méthodes du Livre Blanc de la Défense et de la Sécurité, dans le Septième Scénario.
 
Surtout, aucune mesure de restauration de l'ordre pré-mahométan ne peut avoir la moindre efficacité dans l'actuel état d'esprit gouvernemental de soumission (islam en langue arabe) régulièrement exprimé par le régime, qui demande expressément à la population française de s'habituer à la généralisation des sacrifices collectifs pour au moins dix à vingt ans, sans oser lui préciser quelle issue la population survivante devrait attendre de cette tolérance vicennale. Le ministre de l'Intérieur a certes menti en disant le 5 août 2014 qu'il n'était pas illégal de prôner le djihad en France, puisque toute incitation à la violence est interdite qu'elle qu'en soit le motif ou la finalité. Mais son propos était cependant suffisamment grave pour devoir être pris au sérieux, tant comme intimation d'accepter, pour les uns, que comme encouragement à continuer, pour les autres ; le maintien à son poste après ce type de déclaration est un endossement gouvernemental sans ambiguïté. De son côté, le Directeur Général de la Sécurité Intérieure a déclaré le 24 mai 2016 devant l'Assemblée que ce qui le préoccupait beaucoup plus que le djihad est le risque de radicalisation d'une ultra-droite
 
Pour les peuples de France, lorsqu'après avoir compris qu'ils ne pourraient pas contraindre le régime à l'obéissance civique ils auront repris leur destin en main, les méthodes de leur salut seront à chercher de l'autre côté de la Méditerranée : comme en Algérie l'interdiction de toute manifestation publique d'allégeance à l'idéologie mahométane (prières de rue par exemple), comme en Tunisie la fermeture des officines de propagation de ladite idéologie (mosquées par exemple). Seul le gouvernement français, dont aucun membre n'a sérieusement étudié le Coran (certaines ministres l'ont juste appris par cœur), prétend distinguer entre mosquées takfiristes, salafistes ou wahabbites comme il entend distinguer les bons terroristes qui massacrent des Syriens déclarés ennemis de l'Islam des mauvais terroristes qui massacrent des Syriens engagés eux aussi dans la lutte contre l'Etat laïc syrien. De même que tout chrétien confirmé, ou baptisé à l'âge adulte, a vocation (sinon empressement) à devenir un pratiquant de la confession, de la communion, de la messe, du pardon et de l'extrême-onction, tout musulman a vocation à prier cinq fois par jour pour l'extermination des non-musulmans, à faire l'aumône envers ses coreligionnaires, à faire le pélerinage à La Mecque si ses moyens le lui permettent, à se préparer pendant un mois au sacrifice par égorgement (d'abord à finalité alimentaire), et à faire le djihad. Cette vocation-là, aucune confiscation d'armes n'en viendra à bout, quand bien même une dictature musclée aurait la volonté et les moyens d'entreprendre la confiscation de toutes les Kalachnikov, tous les camions frigorifiques et tous les Opinel de France et de Mayotte. Regarder vers le pays fondé par le colonel de Gaulle, c'est se rappeler qu'après la confiscation irréfléchie des fusils de chasse aux fermiers isolés en 1992, le gouvernement a été obligé de distribuer des Kalachnikov aux villageois regroupés en 1995, à peine trois ans plus tard. Les événements vont parfois plus vite que la réflexion politique.
 
En quelques mois la France a déjà subi vingt fois le Milk Bar, la Cafétéria, le Coq Hardi et l'Otomatic réunis. La seule riposte qui ait fonctionné, en 1995 comme en 1957, c'est le Dispositif de Protection Urbaine. Si les Français veulent éviter de devoir choisir entre la chahada et le cercueil, c'est désormais à l'échelle du pays qu'ils devront mettre ce dispositif en œuvre.

dimanche 3 juillet 2016

du besoin d'en connaître

La parole est d'argent, le silence est d'or.
 
D'une manière générale l'information confère du pouvoir. Son excès quantitatif peut certes noyer un esprit incorrectement formé ou insuffisamment synthétique, raison pour laquelle l'honnête homme est un généraliste et le stratège ou le directeur général n'est pas un spécialiste. La société d'exploitation (aujourd'hui essentiellement africaine) est basée sur les ressources extraites, la société de production (aujourd'hui essentiellement asiatique) est basée sur les produits fabriqués, la société d'information (aujourd'hui essentiellement européenne) est basée sur les connaissances, qu'il faut élaborer, protéger, utiliser et échanger, en un mot gérer. D'ailleurs dans cette société les cadres ne peuvent se contenter de recevoir passivement l'information, ils doivent au minimum, comme on l'a expliqué par ailleurs, établir un compte d'exploitation (charges et produits) précisant les informations à obtenir et celles à livrer, de même qu'un officier de renseignement dresse une liste des informations à recueillir avant d'établir son plan de renseignement. Cependant en se partageant sans se réduire cette matière auto-reproductrice, qui est à la fois ressource et produit, est facilement envahissante, et il est nécessaire d'en contrôler même les flux entrants, de la même manière qu'un producteur de pétrole a une vanne de régulation et qu'une usine gère sa chaîne d'approvisionnement pour ne pas crouler sous un stock incontrôlé de matière première. Ce n'est pas par hasard que les concours ou examens pour décideurs comportent une part de sélection d'information, c'est-à-dire qu'on donne aux candidats plus d'informations que ce dont ils peuvent prendre connaissance pendant le temps imparti, y compris des informations strictement inutiles au problème posé. Surtout, l'information est impossible à reprendre ; on peut suivre, retrouver et remettre à sa place un objet volé, mais on ne peut pas reconfiner une information échappée. L'information affecte la cognition et on ne peut pas revenir à l'état antérieur à son acquisition, même si on feint de ne pas la prendre en compte dans un raisonnement. Celui qui a cédé (donné ou vendu) une information cesse certes de la posséder, du moins exclusivement, mais il continue de la détenir, ainsi que tous les intermédiaires qui l'ont relayée vers le dernier récepteur.
 
L'ignorance fait pitié (aux autres, car l'ignorant ignore qu'il ignore) mais le secret fascine. Ignorer qu'un pays entier est manipulé par un acteur unique caché derrière le gouvernement apparent n'empêche pas de dormir, mais apprendre que c'est le cas et ne pas savoir qui est cet acteur inquiète profondément. Au-delà de l'inquiétude, le secret fascine par l'étiquette occulte. On se rappelle qu'il y a quelques années, une information dite sensible est passée à la presse française simultanément sur deux supports identiques, à savoir deux copies d'un même document, dont l'un était frappé d'une mention de classification (réglementairement tamponnée en rouge en haut et en bas de chaque page) et l'autre ne l'était pas, et presque toute la presse choisit de publier celui qui était classifié. Au lieu de publier la version apparemment ouverte, ce qui est un acte irréprochable sauf si l'on sait (ce qui était évidemment le cas) que l'information est classifiée et que le support sans tampon est d'origine frauduleuse, les journaux décidèrent non seulement de commettre une infraction déontologique et civique, mais même de courir le risque légal de la commission d'un véritable délit légalement punissable, pour attirer l'attention de leurs lecteurs, non pas sur le contenu de la note mais sur son caractère secret et donc sur la "qualité" de leurs sources de fuites. De la même manière, après avoir tenté en vain pendant plusieurs semaines d'amener un interlocuteur à sécuriser sa messagerie, afin de lui faire relayer un outil confidentiel (et une information sensible) auprès des circuits fermés et capables de réaction auxquels cet interlocuteur avait accès, Stratediplo finit par lui adresser une fiche de synthèse à vocation pratique qui se terminait par "si elle est divulguée par la presse sa pertinence sera altérée", et cet ancien professionnel de la sécurité sensible à la griserie d'une récente popularité préféra, sans omettre d'ôter la dernière phrase, jouer le sensationnalisme d'une diffusion grand public sur internet.
 
Car évidemment le secret confère une autorité à celui qui le détient, ou dont on croit qu'il le détient, en l'occurrence une autorité légitime si le secret lui a été confié et une autorité illégitime s'il l'a percé par lui-même. Et pour celui en quête d'autorité, déclarer qu'il détient un secret lui confère une certaine aura, mais le prouver en révélant sa teneur accrédite ou certifie cette autorité. Enfin, selon auprès de qui il veut faire autorité, le détenteur du secret peut soit le révéler au public en général comme dans le cas de la presse évoqué ci-dessus (le secret cesse alors d'exister), soit le confier à un interlocuteur particulier, sous le sceau du secret, flattant personnellement le confident ainsi choisi et lui donnant le sentiment d'être sélectivement admis dans un cénacle fermé. En publiant le secret on le rompt, en le "confiant" on le compromet indûment. Or il a une raison d'être.
 
La défense française cultive, indépendamment du niveau de classification de l'information et d'habilitation de la personne, la notion du "besoin d'en connaître". Une instruction générale interministérielle définit ce besoin d'en connaître comme "la nécessité impérieuse de prendre connaissance d'une information dans le cadre d'une fonction déterminée et pour la bonne exécution d'une mission précise". Nonobstant, même si un texte administratif donne aux fonctionnaires des critères pour l'appréciation judiciaire d'une faute professionnelle (ou d'un crime de trahison), il s'agit au fond tout simplement du principe de discrétion, relevant du bon sens, et toute personne responsable au sens étymologique (qui doit répondre de ses actes) et pas seulement hiérarchique doit exercer son propre jugement de citoyen. A la lettre, une information classifiée à un certain niveau de protection du secret n'a pas vocation à être diffusée à toutes les personnes habilitées à ce niveau, une personne habilitée au Secret Défense n'a pas "le droit" de connaître toutes les informations classifiées SD, et le détenteur d'une information SD n'a pas "l'obligation" de la confier à tous ses correspondants habilités à ce niveau. Cette règle est indépendante du niveau de classification et du type d'habilitation, qu'elle soit permanente et statutaire comme le Confidentiel Défense ou temporaire et liée à une fonction comme le Secret Défense. Dans l'esprit, même une information non officiellement classifiée, et même non officiellement en diffusion restreinte, n'a pas vocation à être libéralement diffusée à tout vent. Sans faire d'espionnite (ce qui serait pourtant excusable dans le pays le plus espionné au monde), il ne faut pas oublier que 80% du renseignement utile est collecté à partir de sources ouvertes.
 
Pour l'anecdote, une personne s'est vue proposer, certainement en preuve de confiance, une information qu'à l'époque tous auraient voulu connaître, du lecteur de quotidien (par curiosité) au chef d'état (pour action), un gouvernement corrupteur ayant même promis une forte récompense à tout traître qui lui livrerait cette information. L'intéressé, au sens propre car il l'était effectivement, était flatté qu'on lui proposât cette information, et son interlocuteur s'honorait certainement qu'on sache qu'elle lui avait été confiée. Il ne s'agissait pas d'intoxication (diffuser une fausse information) car l'informateur, lui-même informé par nécessité à l'occasion d'une action précise, connaissait la discrétion de l'informé potentiel et savait qu'il n'aurait pas fait circuler. Bien entendu cette personne a confirmé qu'en cas de nécessité on pourrait compter sur elle, mais en dépit de sa curiosité (savoir si elle avait deviné juste) elle a préféré ne pas connaître l'information en question, et l'a dit immédiatement. Ce faisant elle s'assurait que son interlocuteur (et ceux qui le tortureraient éventuellement) sache qu'elle ne connaissait et ne connaîtrait pas cette information, et au passage elle lui laissait indirectement et poliment entendre qu'il ne fallait pas la communiquer même à des personnes sûres tant qu'il n'y avait aucune nécessité de le faire.
 
Car la seule nécessité d'informer quelqu'un, c'est son besoin d'en connaître.

dimanche 26 juin 2016

le continent est isolé - l'euro coule

Comme disent les Anglais, "il y a du brouillard sur la Manche, le continent est isolé".
 
En l'occurrence il ne s'en portera que mieux, d'ailleurs dès sa première candidature il était clair que le Royaume-Uni n'entrerait dans le Marché Commun que pour mieux le saborder de l'intérieur, en commençant par se faire prier et en exigeant (et obtenant) des conditions exorbitantes, comme la fameuse règle budgétaire selon laquelle il récupèrerait toujours, sous forme de fonds structurels ou subventions, au minimum l'équivalent de sa contribution au budget communautaire. Le Royaume-Uni, pays industriel dont la principale exportation agricole fut le détachement à Bruxelles d'un commissaire européen à l'agriculture prêt à toutes les concessions uniopéennes (c'est-à-dire françaises et italiennes) face aux Etats-Unis d'Amérique et à l'Organisation Mondiale du Commerce, a ainsi réussi ou contribué à abattre l'agriculture française et italienne, ce que l'admission de la Roumanie et de la Bulgarie puis les hostilités contre la Russie n'ont fait qu'aggraver dernièrement.
 
On ne s'apitoiera donc pas outre mesure sur le sort des régions périphériques traditionnellement pauvres du Royaume-Uni (Irlande et Ecosse) qui, en dépit du soutien de la coalition londonienne de la bourse et de l'islam, voient s'éloigner leurs subventions franco-italiennes. De son côté l'Angleterre, hors donc la City dorée et ses faubourgs verts, a souhaité reprendre sa souveraineté en particulier parce que les Anglais (eux non plus) ne se sentent plus chez eux quand ils visitent leur capitale, représentée par un nouveau maire qui, symboliquement, ressemble à un conducteur d'éléphant du ministère de la défense du Canadesh. Pour leur part le kebab ne pouvait choisir que le multiculturalisme, et le chapeau melon ne pouvait choisir que la rentabilisation de l'exception britannique.
 
Car cette exception est très rentable. La dévaluation artificielle spéculative de 20% des monnaies européennes continentales, dans l'année qui a suivi leur fusion en euro, s'est traduite par une appréciation (relative) de la livre. Alors que le produit intérieur brut de la France, réalisé en francs (désormais sous-multiple de l'euro), et le produit intérieur brut du Royaume-Uni, réalisé en livres, n'avaient pas changé, la dépréciation soudaine de l'euro et l'appréciation corrélative de la livre ont fait passer le PIB (exprimé en dollars) du Royaume-Uni devant celui (exprimé en dollars) de la France, ainsi rétrogradée au rang de cinquième puissance économique mondiale tandis que sa perfide rivale passait au quatrième rang. Il ne suffisait plus à la presse financière anglophone qu'à imprimer de gros titres sur la percée du Royaume-Uni, la santé et la compétitivité de son économie (pourtant totalement inchangée) pour attirer les grands capitaux apatrides qui de toute façon fuyaient les places financières européennes minées par la spéculation contre la monnaie "commune" de personne. En ce sens la livre a été un bénéficiaire collatéral de la stratégie étatsunienne (la fusion des marchés et des monnaies d'Europe). On peut même dire qu'elle s'est vengée sur ses voisins de sa grosse dépréciation face au mark et au franc à l'occasion de sa défaite en 1992 par Soros, surnommé "l'homme qui a fait sauter la banque d'Angleterre" alors qu'il a surtout fait sauter le Système Monétaire Européen, mission certainement rétribuée par ses commanditaires JP Morgan, Chase Manhattan et Bank of America (voire par leur gouvernement) et dont le milliard et demi de dollars de bénéfices apparents (aux frais du Royaume-Uni) de son fonds Quantum, retenu par la presse, n'était qu'un avantage accessoire mais pas le motif principal. Le gouvernement anglais a pour sa part certainement compris que cet objectif étatsunien était la seule raison pour laquelle on l'avait poussé à faire accepter, deux ans plus tôt, la livre (alors beaucoup plus instable que la lire) dans le SME alors qu'après une décennie de sinistre économique, et dans un contexte d'inflation double de celui de la France et triple de celui de l'Allemagne, cela ne pouvait conduire qu'à une grave surévaluation de la livre. Les stratèges étatsuniens savaient bien que les exécutifs exécuteurs des pays d'Europe travaillaient contre leurs pays respectifs, et aussi que déjà à l'époque ils répondaient à tout échec communautaire par plus d'intégration forcenée. En poussant le Royaume-Uni vers le continent, leur objectif était peut-être justement de faire exploser deux ans plus tard le Système Monétaire Européen afin de pousser les pays européens vers une monnaie unique encore plus facile à manipuler, comme l'avenir le montrerait sans équivoque.
 
Et comme le présent le confirme encore. Cela fait pourtant quinze ans, depuis la création de la chimère monétaire, qu'on la voit réagir systématiquement aux à-coups économiques d'outre-Atlantique et ignorer les indicateurs européens : la publication d'un taux d'inflation ou de chômage en Europe n'a aucun effet sur l'euro alors que la publication d'un taux d'inflation ou de chômage aux Etats-Unis d'Amérique le fait toujours baisser ou monter, lui faisant jouer parfaitement le rôle pour lequel on l'a créé, celui de contre-poids alternatif dans lequel on place ses fonds quand on attend une baisse du dollar et duquel on les retire quand on pense que le dollar va monter. L'euro, certes à une bien moindre échelle que le dollar, confirme aussi que la spéculation financière et monétaire s'appuie bien plus sur la psychologie que sur l'arithmétique, et la manipulation y est d'autant plus facile que les acteurs concernés sont ignares.
 
Un habitué du bar du commerce pourrait penser que la livre et l'euro évoluent indépendamment puisqu'ils sont les monnaies d'espaces monétaires distincts, et que cette indépendance pourrait même être renforcée par la sortie du Royaume-Uni du Marché Commun. Un économiste sachant que la livre n'avait aucune vocation à se fondre dans l'euro pourrait croire que la fin du régime d'exception (budgétaire notamment) et le renforcement de l'adéquation entre la géographie économique et la géographie monétaire, par l'élimination d'une monnaie et le renforcement de la prévalence de l'euro dans l'Union Européenne, jouerait en faveur au moins de l'euro, voire aussi de la livre. Un politologue s'imaginerait que la sortie du trouble-fête systématique et le resserrement des processus d'indécision communautaires profiterait à la politique économique uniopéenne et à sa monnaie par défaut, et que le rétablissement de la politique économique souveraine du Royaume-Uni profiterait à sa propre monnaie. Un spéculateur intéressé par une alternative financière et boursière hors espace réglementaire de la banque fédérale étatsunienne et de la banque centrale européenne (et plus solide que Changaï) se réjouirait de la renaissance de la City au moment précis où elle va perdre son rôle mondial de fixation du cours des métaux précieux. Que nenni ! Ils auraient tous tort. Les maîtres des grands marchés de spéculation sur les devises ont envoyé par le fond, dès vendredi, tant l'euro que la livre, et tout misé sur le dollar. La fonte en bourse des actions (donc des capitaux propres) des banques européennes des deux côtés de la Manche rapproche l'inéluctable cataclysme financier, et permet de plus d'en blâmer la Deutsch Bank (punie pour avoir dénoncé la manipulation du cours de l'or), dont la banqueroute désormais imminente fera paraître celle de Lehman Brothers en 2008 comme une anecdote bénigne.
 
Les grands spéculateurs capitalistes apatrides avaient annoncé qu'en cas de rétablissement de la pleine souveraineté du Royaume-Uni ils retireraient leurs fonds de Londres, où ils les avaient pourtant placés en raison de l'indépendance économique du pays, de son code du commerce très complaisant, de son accueil des fonds en gestion non résidente (offshore), de sa résistance aux diktats de Bruxelles, et aussi de la possibilité de placer ou libeller dans une autre devise que le dollar et l'euro. Il n'est pas dit qu'ils mettent leur menace à exécution contre leur propre intérêt maintenant que la chose est décidée, car ils ne cherchaient peut-être qu'à intimider et influencer l'électorat britannique sur injonction des Etats-Unis d'Amérique, qui n'ont pas hésité de leur côté à menacer ouvertement le Royaume-Uni de sanctions économiques en cas de sortie de l'Union Européenne, et qui dépêchent leur ministre des affaires étrangères ce lundi à Bruxelles (et certainement aussi à Londres, en passant) pour communiquer leurs instructions aux chefs d'Etat et de gouvernement européens, apparemment peu gênés d'être collectivement et individuellement convoqués par un simple ministre, envoyé de plus par un pays non membre de l'Union Européenne à laquelle ils consacrent beaucoup d'énergie et de réunions de crise depuis vendredi.
 
Tout cela signifie que l'enjeu pour les Etats-Unis n'est pas économique mais politique. Or les deux principaux inconvénients pour eux de la restauration de la souveraineté britannique sont d'abord qu'ils devront imposer le traité transatlantique à un décideur politique de plus, et ensuite que d'autres peuples risquent de suivre cet exemple ce qui introduirait autant de négociateurs de plus. Quant on connaît l'enjeu véritable de ce traité, vraisemblablement ignoré par la quasi-totalité des commissaires européens chargés de sa préparation secrète, on peut comprendre que les Etats-Unis feront tout ce qui est en leur pouvoir pour maintenir l'unicité du décideur côté européen, préserver l'unité de l'Union Européenne (alors que partout ailleurs ils sèment le chaos) et assurer la survie de l'euro.
 
Delenda Carthago.