mardi 17 avril 2018

évaluation de l'évaluation nationale du 14 avril

Utilisé en justification d'un acte d'agression, crime contre la paix considéré comme la transgression suprême du droit international, le document publié le 14 avril par le gouvernement français mérite d'être évalué.
 
1- Circonstances
Cette "évaluation nationale" datée du 14 avril a été bouclée tardivement vendredi 13 au soir (juste avant l'attaque française de la Syrie), et publiée sur les sites respectifs des ministères des affaires étrangères et des armées quelques heures plus tard, samedi 14 avril, ce qui signifie soit que deux ministres l'ont lue et approuvée très rapidement samedi matin, soit qu'ils en connaissaient d'avance le contenu (rédaction sur commande). La référence introductive à des "renseignements déclassifiés obtenus par les services français" appelle l'attention. En effet le rédacteur n'indique pas qui avait initialement classifié, puis très rapidement déclassifié (en moins d'une semaine) les "renseignements" que les services français ont ensuite obtenus, si ce qu'ils ont obtenu était des renseignements déclassifiés. Et comme peu de témoins de première main présents à Douma le 7 avril avaient l'autorité de classifier des informations, cela signifie que ces informations déclassifiées, donc initialement classifiées, que les services français ont obtenu, leur ont en fait été communiquées par des sources capables de classifier (et déclassifier) des informations, c'est-à-dire des services étatiques étrangers. En résumé l'évaluation nationale repose, d'après son introduction, sur des informations de source ouverte et des "renseignements" donnés par un autre pays. Certes les doutes que le rédacteur induit plus loin sur sa maîtrise du français pourraient laisser imaginer une déportation du participe "déclassifiés" en fin de ligne et de phrase, qui signifierait que les renseignements obtenus par les services français aient été déclassifiés avant de lui être communiqués, opération précipitée indiquant d'une part que le rédacteur n'est lui-même pas habilité à connaître des informations classifiées et d'autre part que lesdites informations ne revêtent aucun caractère de gravité ou de confidentialité et qu'elles avaient été temporairement classifiées pour leur donner du poids ; mais  cette interprétation excusatrice est exclue par l'indispensable maîtrise de la grammaire attendue de tout énarque en milieu de carrière donnant à un ministre les éléments permettant au président de prendre une décision aussi grave qu'une entrée en guerre en violation de la charte de l'ONU. Dans tous les cas, la déclassification d'informations moins d'une semaine après leur classification est un événement suffisamment inouï pour être souligné.
 
2- Rédacteur
Sauf homonymie, le rédacteur est un conseiller des affaires étrangères sorti de l'Ecole Nationale d'Administration en 2001, dont le ministère des armées a jugé opportun d'effacer le nom sur la copie publiée sur son site, l'original étant celui, signé (l'identification du rédacteur est d'ailleurs obligatoire dans les administrations), paru initialement sur le site du ministère des affaires étrangères, et depuis lors remplacé par la copie anonyme. Ce rédacteur n'est pas médecin puisqu'il considère les déclarations d'odeurs et les images de fumée comme des symptômes, et il n'est pas militaire puisque la phrase sur l'utilité d'une couverture aérienne semble ajoutée par un autre rédacteur et qu'il ignore la signification tactique du verbe appuyer. Par contre il déploie avec constance le fameux style de dissertation dit science-poseur attendu des candidats à l'ENA.
 
3- Forme
L'intitulé "évaluation nationale" correspond à une forme de document conjectural en usage au ministère des affaires étrangères depuis au moins avril 2017, connu pour sa diffusion simultanée en français et en anglais et pour son style dissertatif. La note de bas de page prétendant que le document est "constitué d'analyses techniques d'informations de source ouverte et de renseignements déclassifiés obtenus par les services français" induit en erreur puisqu'il n'est constitué que d'un seul document homogène dans son style de rédaction (les trois photographies et le schéma à lacunes étant des annexes), ce qui dénote une apparente confusion, dans l'esprit du rédacteur, entre le sens de "constitué de" et le sens de "constitué à partir de". Plus important, le style est journalistique, c'est-à-dire que les titres de paragraphes expriment les conclusions des paragraphes respectifs, ou encore que les paragraphes ne sont que des explications ou justifications des titres auxquels ils n'apportent d'ailleurs par grand-chose. A la limite le lecteur pressé comme un correspondant de presse peut se contenter des titres de paragraphes. Ce style est à l'opposé de celui du traitant de renseignement, dont les titres annoncent les rubriques qu'il explore successivement, par exemple faits allégués, acteurs en présence, positions géographiques respectives, déclarations de chaque partie, éléments matériels collectés, témoignages, hypothèses étudiées, ou autres titres adaptés au sujet traité. Le renseignement, qu'il soit militaire à destination d'un ministre de la défense ou stratégique à destination d'un ministre des affaires étrangères, vise à informer un ministre et donc présente une analyse factuelle conduite méthodiquement, avant toute interprétation (laquelle est clairement séparée). Le journalisme, lui, au-delà du titre accrocheur destiné à faire acheter le journal ou faire lire l'article, présente d'abord quelques idées-force qu'il veut faire passer et retenir, l'argumentaire devenant secondaire. Le renseignement, lorsqu'il va plus loin que l'exposé d'une étude, présente à l'échelon politique un éventail d'interprétations possibles sans évidemment lui dicter une option. Le renseignement est un appareil d'Etat qui reste en place par-delà les alternances politiques, sauf évidemment dans les régimes de dictature durable, et joue donc sa crédibilité auprès de destinataires relevant de différentes sensibilités. Le journalisme, pour sa part, sert une ligne éditoriale particulière et ne peut pas subitement braquer son lectorat, ce qui l'amène d'ailleurs a choisir ses sujets voire à faire l'impasse sur ceux qui infirment ladite ligne éditoriale, alors que le renseignement ne choisit pas son sujet, il veille en général ou il scrute en particulier. De toute évidence, de par sa forme ce document n'est pas destiné à élever des informations à un ministre mais à livrer une opinion à la presse, ce qu'indique d'ailleurs immédiatement le sous-titre "programme chimique syrien clandestin" appuyé par aucun élément concret dans ce document présentant une opinion sur les allégations d'attaque chimique le 7 avril. Ce n'est pas une synthèse de renseignement, c'est une déclaration gouvernementale.
 
4- Langage
Résolument engagé et partisan, le langage employé est plus celui d'un militant cherchant à assurer le destinataire que son texte est conforme à la ligne du parti, que celui d'un serviteur de l'Etat cherchant à fournir au décideur une information exhaustive et objective. Par exemple le rédacteur utilise vingt-deux fois le mot "régime", et pas une seule fois le mot gouvernement, pour désigner les autorités légales du pays, et appelle aussi "forces pro-régime" l'armée régulière syrienne. Ce vocabulaire typique d'un politicien en campagne serait immédiatement corrigé dans un milieu militaire, et ôte au réquisitoire toute prétention d'objectivité pourtant nécessaire à l'établissement des faits. D'autre part il perd toute crédibilité en assénant des contre-vérités aussi flagrantes que celle des attaques "indiscriminées" contre la population, alors que depuis l'adoption de la résolution 2401 du Conseil de Sécurité les spectateurs du monde entier (sauf ceux des pays abonnés exclusivement aux agences de presse de la coalition antisyrienne) ont pu assister aux cessez-le-feu gouvernementaux et à leur violation quotidienne par les islamistes, à l'ouverture des corridors humanitaires et d'évacuation, aux meurtres systématiques par les islamistes des résidents qui tentaient de s'enfuir, puis à l'intervention de sécurisation et enfin aux débordements de joie des dizaines de milliers d'anciens otages finalement évacués avant l'entrée des forces de sécurité. Le langage employé est celui qui exprime ce que les juristes appellent "l'intime conviction" d'un juge, et qui en l'occurrence entend justifier par cette conviction a priori (que le français nomme préjugé) que ledit juge autoproclamé n'ait d'une part pas estimé judicieux de respecter le droit de défense de l'accusé ni d'attendre les résultats de l'enquête demandée par le gouvernement syrien à l'institution internationale compétente, et d'autre part estimé moralement justifié de violer la charte des Nations Unies en infligeant lui-même une punition (concept prohibé depuis des siècles par le droit international) à l'issue d'un jugement volontairement expéditif.
 
5- Méthodologie
Le rédacteur ignore la méthodologie du renseignement. D'abord il ne cherche pas à réduire puis recouper les informations. S'il a reçu cinq messages similaires il en déduit qu'il y a cinq sources distinctes voire cinq événements (syndrome de la colonne des 3000 moudjahidines ayant fui Srebrenica par les bois), sans chercher, de son bureau parisien, à remonter à la source pour voir s'il ne s'agit pas de cinq répétitions d'un seul message émis par une source unique ; et bien sûr la non réduction des messages finaux aux informations originales interdit le recoupement de celles-ci. Ensuite il ne cherche pas à identifier et suivre les canaux et à authentifier les sources, ce qui serait certes difficile sur des réseaux sociaux internet. Enfin il ne cherche pas à coter séparément la plausibilité de l'information et la fiabilité de la source, distinction de base de tout apprenti en renseignement. Par exemple, et indépendamment de la fiabilité estimée de la source, une information assurant que le gouvernement syrien victorieux aurait volontairement et bêtement commis exactement l'acte tactiquement inutile dont les grandes puissances avaient pourtant averti qu'il entraînerait leur intervention, doit être affecté d'un coefficent de plausibilité différent du coefficient de plausibilité d'une information assurant que les milices islamistes auraient commis précisément l'acte entraînant automatiquement une intervention étrangère en leur faveur. Parallèlement et indépendamment de ce niveau de plausibilité, il faut également noter la fiabilité de la source de toute information, un informateur ou un gouvernement jamais pris en délit d'inexactitude, et un informateur ou un gouvernement coutumier du mensonge ultérieurement avéré, n'étant pas des sources de même niveau de fiabilité. Par exemple en écrivant que la Syrian American Medical Society est "habituellement fiable" le rédacteur en dit long sur sa connaissance du passif informationnel de cette organisation d'un gouvernement déclaré ennemi de la Syrie (partialité qu'il omet de signaler), et il présente les frappes sur les infrastructures médicales "révélées" par cette agence comme un fait avéré alors qu'au moment où il écrit il ne peut pas ignorer qu'aucune infrastructure médicale n'a été touchée dans toute la Ghouta orientale les 6 et 7 avril. Il utilise même plus loin l'expression "renseignements fiables", montrant qu'il ignore que la fiabilité est un critère qui caractérise une source et pas une information, non seulement pour le renseignement mais plus simplement pour la langue française. Basant toute sa synthèse sur les images publiées à travers les réseaux sociaux, il écarte l'idée d'un montage au nom de la spontanéité de ces publications, sans expliquer ce raisonnement ni d'ailleurs démontrer cette spontanéité. Des suppositions d'intentions sont contredites par les faits quelques lignes plus loin, sans que le rédacteur soit gêné par la contradiction, par exemple, entre d'une part l'affirmation d'une stratégie à dominante chimique contre les islamistes et sur la population, et d'autre part la rareté des attaques et le caractère artisanal et très obsolète des vecteurs et des produits, ou une autre contradiction entre d'une part l'accusation d'une stratégie visant à "terroriser les populations" et d'autre part la réaction des mêmes populations qui se déclarent terrorisées lorsqu'elles sont subjuguées par les terroristes islamistes étrangers et débordent de joie lorsqu'elle sont libérées par leur armée. Sans surprise, ce document n'étudie pas les faits ou allégations en eux-mêmes mais les présente à la lumière d'un historique sélectif, censé convaincre, en forme de réquisitoire ne mentionnant aucune des dizaines d'attaques chimiques menées par les islamistes. Faisant volontairement l'impasse sur l'étude des stratégies, moyens, positions, intérêts et modes d'action possibles de chacun des nombreux autres acteurs sur le terrain, le rédacteur tient son destinataire dans l'ignorance de la présence en Ghouta orientale de populations nombreuses et d'obédiences diverses, de milices islamistes distinctes, de services publics (pas seulement militaires) et para-publics syriens, d'organisations humanitaires, de coopérants militaires russes, d'agents clandestins occidentaux et peut-être arabes, de l'agence de propagande d'Al Qaeda qui usurpe la crédibilité des vrais Casques Blancs... Cette impasse totale sur les autres acteurs possibles et son refus d'étudier le moindre scénario alternatif à celui qu'il présente conduit évidemment le rédacteur à asséner en conclusion que "il n'existe pas d'autre scénario plausible", reprenant là textuellement la déclaration commune des gouvernements anglais, français, allemand et étatsunien du 15 mars au sujet de l'affaire May-Skripal. Il en partage d'ailleurs la cible ultime en accusant expressément la Russie d'avoir "constamment apporté une couverture politique au régime syrien sur l'emploi de l'arme chimique", en contradiction manifeste avec l'action incessante de ce pays pour faire intervenir l'OIAC (jusque sur le terrain malgré l'opposition des ennemis de la Syrie), faire renoncer la Syrie aux armes chimiques en 2013 et les faire démanteler par l'OIAC, et en omission flagrante du rôle de la Turquie dans la fourniture d'armes chimiques aux milices islamistes et des Etats-Unis dans l'entraînement desdites milices à leur utilisation. On ne saurait espérer que l'ENA enseigne une méthode de raisonnement, nonobstant il ne serait pas inutile d'envoyer les énarques de vingt ans d'expérience en position de responsabilité apprendre à Compiègne avec leurs cadets officiers subalternes la contexture d'une fiche d'analyse ou de synthèse.
 
6- Matériau
Il n'est pas nécessaire de s'étendre sur le matériau évoqué, vu que le rédacteur reconnaît que les services français ont analysé essentiellement des témoignages, photos et vidéos publiés sur les réseaux sociaux (donc non authentifiables), et accessoirement des témoignages qu'ils ont "obtenus", il ne dit pas de qui, mais pas recueillis eux-mêmes. Entre autres aveux, ses déductions péremptoires de "l'utilisation supposée de bronchodilatateurs par les services médicaux observée dans les vidéos" dénotent d'ailleurs une mauvaise observation des vidéos initiales en question, et une ignorance, volontaire ou pas, des autres vidéos et photos du même jour et des mêmes acteurs (et de leurs commentaires) diffusées les jours suivants. Il apparaît rapidement qu'aucun agent français n'a visité les lieux ni parlé avec les services médicaux ou les apparentes victimes. Cela n'est pas une surprise, car si la France a bien détaché des officiers de liaison et des sous-officiers instructeurs auprès des milices islamistes, ainsi que des équipes de forces spéciales et peut-être des observateurs d'artillerie, elle ne dispose en tout cas d'aucun officier traitant dans la Ghouta orientale.
 
7- Conclusion
Pour reprendre la terminologie du rédacteur, les services d'affaires étrangères du régime français ne ressortent pas grandis de cet exposé d'évaluation nationale. Du moins n'ont-ils cette fois pas tenté d'usurper et conséquemment détruire la crédibilité des professionnels militaires du renseignement, comme en 2013 (voir l'article www.stratediplo.blogspot.com/2013/09/requiem-pour-larchange-raphael.html dont les commentaires sur la méthodologie s'appliquent là encore). Le ministère des affaires étrangères du prochain régime français aura un sérieux travail de reconstruction d'un outil de renseignement afin de fournir à l'échelon politique le renseignement authentique, traité et évalué lui permettant de prendre ses décisions en toute connaissance de cause, quitte à muter ses services d'influence actuels à un secrétariat d'Etat à l'information publique. Plus gravement, cette affaire révèle l'état de délabrement, d'amateurisme et d'aveuglement du régime actuellement aux commandes de l'Etat et de la France, et accessoirement donne des arguments aux puissances qui veulent retirer à la France son siège permanent au Conseil de Sécurité de l'ONU.

vendredi 13 avril 2018

alerte de mobilisation

On me demande un message court résumant l'article d'hier, le voici pour une diffusion générale.
 
Les Français s'inquiètent de l'agression de la Russie par la France. La résolution 3314 de l'ONU qui définit l'acte d'agression, crime contre la paix plus grave que les crimes de guerre, y inclut expressément l'attaque contre les forces armées d'un autre Etat, même hors de son territoire. Attaquer les forces armées russes présentes en Syrie en vertu d'un accord de défense, c'est donc agresser la Russie. La France s'apprête ainsi à agresser (illicitement) la Russie, en violation de l'article 2 de la Charte des Nations Unies, dont l'article 51 autorise la Russie à riposter (licitement), au nom de la légitime défense. Mais la modification constitutionnelle de 2008 ayant retiré au parlement la prérogative de déclarer la guerre, les peuples de France ne peuvent plus qu'exiger un referendum ou manifester dans la rue. Les Français concernés par une guerre entre la France et la Russie doivent se mobiliser.

referendum français sur l'attaque contre la Russie

Les Français s'inquiètent de l'agression annoncée de la Russie par la France.
 
La Charte des Nations Unies oblige ses signataires à rechercher un règlement pacifique de leurs différends (article 33 et suivants). Elle leur interdit formellement de "recourir à la menace ou à l'emploi de la force" (article 2), comme d'ailleurs d'intervenir dans les affaires intérieures d'autres Etats. Seul le Conseil de Sécurité a compétence pour engager des actions coercitives (y compris par la force) contre un Etat menaçant la paix internationale (articles 42 et suivants).
 
Evidemment le droit international est bien antérieur à la Charte des Nations Unies, tant sous la forme coutumière (non écrite) que conventionnelle (traités). En la matière le jus ad bellum, ou droit à la guerre, considère généralement l'agression non seulement comme la contravention majeure au droit international, puisqu'elle est à l'origine de toutes les exactions commises ensuite durant la guerre ainsi déclenchée, mais elle la considère également comme un crime au sens pénal, dont les auteurs (autorités politiques) sont personnellement punissables, contrairement bien sûr aux simples acteurs ou conducteurs d'une guerre menée dans les règles du jus in bello ou droit (humanitaire) de la guerre. La jeune Cour Pénale Internationale pourra d'ailleurs punir le crime d'agression. Ce crime d'agression, renommé au siècle dernier crime contre la paix, est toujours considéré comme une offense suprême, éventuellement supérieure aux crimes contre l'humanité (génocide par exemple) qui peuvent découler de la situation de guerre créée par le crime d'agression, comme l'ont montré par exemple les suites du crime du 6 avril 1994.
 
L'Organisation des Nations Unies a longtemps tenté de définir précisément l'acte d'agression, et l'a fait finalement en termes très généraux et évidents par la résolution 3314 de l'Assemblée Générale. L'annexe de cette résolution énumère cependant, à titre non limitatif, sept actes d'agression caractérisée. Le deuxième est "le bombardement, par les forces armées d'un Etat, du territoire d'un autre Etat, ou l'emploi de toutes armes par un Etat contre le territoire d'un autre Etat". La France s'apprête donc à agresser la Syrie. Accessoirement, le septième acte d'agression caractérisée étant "l'envoi par un Etat ou en son nom de groupes armés, de forces irrégulières ou de mercenaires qui se livrent à des actes de force armée contre un autre Etat", la France a déjà agressé la Syrie. Mais surtout le quatrième acte d'agression caractérisée est "l'attaque par les forces armées d'un Etat contre les forces armées terrestres, navales ou aériennes, ou la marine et l'aviation civiles d'un autre Etat". La France s'apprête donc à agresser la Russie.
 
Pour mémoire, le droit international n'interdit ni les alliances défensives ni les accords de défense, comme ceux en vertu desquels la France a des forces dans certains pays d'Afrique, ou comme l'accord de défense en vertu duquel la Russie a des forces en Syrie. Certes la présence des forces spéciales françaises clandestines en Syrie, notamment dans la vingtaine de bases militaires d'occupation étatsuniennes dans l'est et le nord, est illégale et constitue déjà le premier acte d'agression caractérisée de la résolution 3314 ("toute occupation militaire, même temporaire"). Mais par contre la présence des forces russes, à l'invitation du gouvernement syrien souverain, est légale. Attaquer les forces armées russes, qu'elles se trouvent au pays, dans des eaux internationales, de passage dans un port tiers, ou dans un pays tiers en vertu d'un accord de défense, c'est agresser la Russie, selon les définitions mêmes de l'ONU.
 
Le crime d'agression, ou de déclenchement d'une guerre, est d'une gravité suprême comme on vient de le montrer. Il autorise d'ailleurs la riposte au nom de la sacro-sainte légitime défense, notion de l'immémorial droit international coutumier rappelée par la Charte des Nations Unies (article 51).
 
Les Français inquiets ne peuvent cependant plus compter sur leur parlement pour veiller au respect du droit international par le gouvernement. En effet il y a exactement dix ans, le 21 juillet 2008, le parlement s'est définitivement désaisi de sa prérogative de déclarer la guerre, en votant la modification de la constitution proposée par le gouvernement de Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa, et plus particulièrement la modification de l'article 35 de ladite constitution, que son prédécesseur Jacques Chirac avait simplement violé en 1999 en agressant la Yougoslavie sans demander l'autorisation au parlement. La nouvelle rédaction de l'article a effacé cette prérogative du parlement, ainsi d'ailleurs que le terme de déclaration de guerre.
 
Il ne reste donc que deux voies aux peuples de France pour tenter d'empêcher leur gouvernement de commettre une agression caractérisée contre la Russie. La voie démocratique est de convoquer, par l'intermédiaire du parlement, la tenue d'un referendum sur l'opportunité d'agresser la Russie. La voie populaire est de convoquer des manifestations de rue massives, comme lorsqu'une question catégorielle ou de société intéresse la presse mobilisatrice.
 
Le monde est concerné par la paix internationale, les Français sont concernés par une guerre entre la France et la Russie.

lundi 9 avril 2018

les Etats-Unis violent de nouveau l'accord de siège de l'ONU

Le monde entier vient de voir dans quelle précipitation, improvisée et infondée, les pays de la coalition antirusse ont, sur invitation britannique et pressions étatsuniennes, expulsé cent cinquante diplomates russes le 26 mars et jours suivants. Il est effectivement facile de remarquer qu'aucune opération coordonnée de cette ampleur n'a jamais été effectuée, par exemple, contre l'URSS, même après les révélations de Vladimir Vetrov qui ont motivé l'expulsion de quarante-sept diplomates et fonctionnaires soviétiques par la France, un nombre que les Etats-Unis viennent de dépasser sur préavis inférieur.
 
Quelques journalistes ont certes relevé que parmi les soixante diplomates russes expulsés par le gouvernement étatsunien, quarante-huit étaient en poste aux Etats-Unis d'Amérique et douze au siège de l'Organisation des Nations Unies. Mais aucun gouvernement ne semble avoir remarqué la gravité de l'arrogante violation de l'accord de siège de l'ONU que vient de commettre le pays hôte, à son habitude.
 
L'ONU a établi son siège à New-York au moyen d'un traité, l'Accord de Siège du 26 juin 1947, rédigé non seulement dans la langue de la diplomatie mais également dans la langue vernaculaire locale, négocié, signé et ratifié par le pays hôte, comme dans le cas des autres accords de siège (Suisse par exemple). Sans aller jusqu'à l'extraterritorialité, ce traité accorde au district administratif de l'ONU un statut supérieur au statut accordé aux ambassades, et le pays hôte s'est fermement engagé à apporter des garanties assurant l'indépendance et le bon fonctionnement du siège. Sans accorder à l'ONU de droit d'asile, l'article III (section 9) établit par exemple l'inviolabilité absolue de son district administratif. Plus détaillé, l'article IV, traitant des communications et du transit, établit expressément que les autorités des Etats-Unis "ne mettront aucun obstacle au transit à destination ou en provenance du district administratif" (section 11), tant des représentants des pays membres, que des fonctionnaires de l'ONU et de ses invités temporaires. Pour évacuer toute ambiguïté, il est même précisé que ces dispositions "s'appliqueront quelles que soient les relations" entre les gouvernements concernés et celui des Etats-Unis (section 12). Les dispositions législatives et règlementaires sur l'entrée des étrangers aux Etats-Unis ne peuvent pas porter atteinte à ce privilège d'accès, et "les visas nécessaires [...] seront accordés sans frais et aussi rapidement que possible" (section 13). Il est certes prévu des procédures d'exception, en cas d'écarts de conduite de personnes abusant de l'immunité pour se livrer à des activités sans rapport avec leur qualité officielle, mais très encadrées et impliquant l'employeur, Etat membre ou Secrétaire Général notamment. Les représentants envoyés par les Etats membres auprès de l'ONU, qui sont accrédités par l'Etat membre sans nécessité d'approbation par le pays hôte, "jouiront, sur le territoire des Etats-Unis [...] des mêmes privilèges et immunités qui sont accordés par les Etats-Unis aux envoyés diplomatiques accrédités auprès d'eux". Le même statut est accordé aux représentants permanents (rang d'ambassadeur ou de ministre plénipotentiaire) des Etats membres auprès des institutions spécialisées de l'ONU, mais aussi aux simples employés, qui eux sont nommés par accord entre l'institution concernée, l'Etat membre et le pays hôte. Bref, les Etats-Unis n'ont aucun droit d'expulser des diplomates ou fonctionnaires détachés ou en poste à l'ONU.
 
Le procédé n'est pourtant pas nouveau, puisque déjà en octobre 1987 les Etats-Unis avaient forcé des diplomates soviétiques à quitter le district administratif de l'ONU et le territoire étatsunien.
 
Très récemment aussi, il y a à peine six mois, le gouvernement étatsunien a refusé d'accorder son visa à une délégation du gouvernement russe, invitée par l'ONU à venir faire une présentation en commun avec une délégation chinoise, le 12 octobre 2017. La demande de visa (simple formalité puisque ne pouvant théoriquement être refusée), effectuée selon les modalités et délais habituels, a été totalement rejetée, et aucun membre de la délégation ne put se rendre au siège de l'ONU. Il s'agissait en l'occurrence d'une conférence sur le déploiement du bouclier antimissile global étatsunien, à laquelle devaient prendre part des membres de l'état-major général des forces armées russes.
 
Ces pratiques généralisées sont régulièrement dénoncées par la sixième commission de l'Assemblée Générale, celle chargée des questions juridiques. Le 2 novembre dernier cette sixième commission a encore été obligée de demander au pays hôte de respecter les privilèges et immunités diplomatiques et d'appliquer l'Accord de Siège, la Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques et la Convention de 1946 sur les privilèges et immunités des Nations Unies. Evidemment la perquisition illégale du consulat de Russie à San Francisco le 2 septembre 2017 était une violation spectaculaire et médiatisée, mais il y en a d'autres que les Etats membres de l'ONU cachent très diplomatiquement. Le Comité des Relations avec le Pays Hôte a en tout cas présenté le 3 novembre un rapport accablant, en déplorant de devoir se pencher à chaque session, chaque année, sur le même type de violations. Certains membres estiment même que l'Assemblée Générale devrait demander au Secrétaire Général de lui rendre compte de l'état d'application de l'Accord de Siège.
 
C'est ignorer que, depuis plus de vingt ans, les Etats-Unis font et défont les secrétaires généraux, usant de leur veto pour accepter ou refuser le résultat des élections. En s'opposant fin 1996 à la réélection de Boutros Boutros-Ghali (seul Secrétaire Général à n'avoir ainsi servi qu'un seul mandat) qui avait présidé à l'élaboration d'une certaine pertinence politique et d'une certaine capacité militaire de l'ONU après la fin de sa paralysie pour cause de guerre froide entre deux détenteurs de droit de veto, les Etats-Unis ont affirmé leur intention de choisir un titulaire dévoué à leur service, comme l'ont indéfectiblement montré Kofi Annan puis Ban Ki-Moon.
 
Il n'est pas inutile de rappeler que, dimanche 8 décembre 2002, les Etats-Unis ont dérobé dans le district administratif de l'ONU la déclaration sur l'état du désarmement de l'Irak (douze mille pages). Le Secrétaire Général Kofi Annan s'est alors ostensiblement abstenu de protester contre ce vol, puis a tenté de le justifier le lendemain devant les quatorze autres membres du Conseil de Sécurité. Enfin, lorsque les Etats-Unis ont finalement restitué (ou substitué par une version altérée) ce rapport, le Secrétaire Général a obéi à leur ordre exprès, en refusant de le distribuer aux dix membres non permanents du Conseil de Sécurité, auquel ce rapport était destiné, divisant ainsi de facto le Conseil de Sécurité entre un comité de décision informé et une chambre d'enregistrement non informée. Une violation aussi flagrante aurait dû suffire.
 
En comparaison, aucun incident mineur, aucune violation majeure de ce type n'a eu lieu au siège de l'ONU en Suisse, pays neutre, démocratique, civilisé, respectueux des instruments de droit international et de sa propre signature.
 
Il est extrêmement grave pour l'humanité de laisser la grande institution internationale chargée de prévenir les conflits et de maintenir la paix à la merci d'une puissance qui, non contente de refuser de signer des traités majeurs, n'honore même pas sa signature sur les rares traités qu'elle a signés. C'est d'autant plus grave qu'il s'agit d'une puissance alignée, agressive, militairement présente dans trois-quarts des pays du monde, dont le budget militaire équivaut à celui de tous les autres pays réunis, dont les dirigeants mentent effrontément devant les instances de l'ONU (dont sa plus haute autorité l'Assemblée Générale), et qui viole régulièrement les résolutions du Conseil de Sécurité. L'Assemblée Générale doit agir, et transférer son siège sur le territoire d'un pays neutre qui la laisse travailler librement.
 
Ce qui est déjà inadmissible en temps de paix doit absolument être corrigé avant la fin de l'actuelle avant-guerre mondiale.
 
Delenda Carthago.

jeudi 5 avril 2018

coup de main français sur Bardonnèche

Les conséquences du coup de main français sur Bardonnèche (Italie) sont porteuses d'espoir.
 
Pour mémoire, le 30 mars 2018 un commando armé du ministère français de l'économie a perpétré un coup de main transfrontalier à Bardonnèche. Qu'il n'y ait eu de pertes ni parmi les forces du pays agresseur, exfiltrées aussi rapidement qu'elles avaient été infiltrées, ni parmi les forces ou la population du pays agressé, à peine réveillé de sa torpeur uniopéodule, ne change rien à l'importance de l'affaire. Et qu'il existe des accords bilatéraux permettant aux autorités italiennes d'accepter, au cas par cas, le concours réglementairement bien encadré de services français (et vice-versa) n'est pas une circonstance atténuante.
 
La première bonne nouvelle est que la France dispose donc d'un nouveau service d'action, au moins contre les organisations cryptogouvernementales, capable d'opérer à l'étranger armé, à visage découvert mais sans faire de victimes, un progrès certain par rapport à juillet 1985, du moins tant qu'un ministre français ne livre pas à l'ennemi les agents en cours d'exfiltration d'un ministère français confié à un politicien rival.
 
La deuxième bonne nouvelle est que le monde atlantique va reprendre conscience des réalités et de la hiérarchie de gravité des offenses interétatiques, après l'inévitable expulsion, pour faire bonne mesure avec une autre affaire récente, de la totalité du corps diplomatique français détaché en Italie, ainsi que de centaines de diplomates français dans des dizaines de pays, non pas par solidarité de principe devant l'incapacité du gouvernement d'un pays prétendument agressé à "trouver d'autre explication plausible" que la moins crédible, mais pour sauver leur propre pertinence diplomatique devant une transgression avérée, prouvée, photographiée, attestée et avouée.
 
La troisième bonne nouvelle est qu'un appel est lancé pour la restauration du droit d'asile, en Chrétienté évidemment puisque c'est là qu'il a existé. En l'occurrence l'association Studi Giuridici Immigrazione, légalement enregistrée en Italie, s'est associée à l'organisation cryptogouvernementale d'obédience occulte Rainbow4africa visée par le raid français, pour prétendre que toute emprise sanitaire est un inviolable "lieu neutre" respecté même sur les théâtres de guerre. Peu suspectes d'acceptation des notions de frontière et de souveraineté nationale, ces deux organisations, y compris celle à vocation juridique, revendiquent le droit de soustraire et abriter des justiciables de toute action des services gouvernementaux de police et de justice, ce droit d'asile (à ne pas confondre avec un devoir d'asile ou un droit à l'asile) dont Stratediplo a exposé dans la Huitième Plaie, pages 25 à 31, comment il a été aboli dans les sociétés européennes, qui ont même ensuité prohibé et pénalisé la pratique de l'asile.
 
La quatrième bonne nouvelle est que le gouvernement français a déclaré avoir compris sa faute, et a dépêché un ministre demander pardon au gouvernement d'un pays souverain pour avoir méprisé ses institutions et violé son intégrité (et la paix internationale) en ordonnant une incursion française armée dans ledit pays, contre des particuliers présents sur son territoire. Pour faire bonne mesure, c'est un peu plus qu'un ministre des finances qu'il devra d'ailleurs maintenant envoyer à Damas.
 
La cinquième bonne nouvelle est que, dès que les médias français auront terminé de flatter les perfides rédacteurs de politique-fiction de Salisbury et Londres et seront revenus sonder la stupeur des sincères citoyens de Bardonnèche et Rome, les peuples de France vont enfin comprendre l'incompétence totale de leurs services publics, qui s'affiche indécemment à tous les niveaux depuis l'inculture élémentaire des fonctionnaires auxquels on confie des armes (qui obéissent sans sourciller quand on leur ordonne de traverser une frontière ou de transgresser un principe) jusqu'à l'incurie totale de l'énarchie suprême cooptée plus émulée à provoquer des guerres qu'à maintenir la paix, en passant par l'inamovible ignorance juridique des corps d'encadrement idéologique des administrations centrales.
 
La sixième bonne nouvelle est, justement, qu'en dépit du danger que présentent pour les populations les gens d'armes variés et les serviles publics avariés qui sévissent en France, les donneurs d'ordres étatiques sont totalement incompétents. Et puisque ce régime, fondé par le dernier coup d'Etat en France du père émancipateur de l'Algérie, trahit avec constance la France au profit de l'Oumma, cette nullité est la meilleure bonne nouvelle révélée par ce coup de main.

dimanche 1 avril 2018

qui donc contrôle l'aéroport de Londres ?

Qui a pris le contrôle de l'aéroport de Londres ?
 
La fouille d'un Airbus 321 russe par un commando armé non identifié, hier 30 mars, à l'aéroport de Heathrow (Londres), soulève quelques questions dans un contexte d'avant-guerre.
 
Lorsque les passagers venant de Moscou furent sortis du vol Aeroflot 2582, un groupe d'une demi-douzaine de personnes en uniforme, ostensiblement armées et accompagnées d'un chien, s'approcha de l'avion en disant avoir reçu l'ordre de le fouiller. Ces personnes, d'apparence plutôt saxo-normande des Angles qu'apparentée au maire de Londres, portaient semble-t-il le badge d'habilitation sécuritaire de l'aéroport, mais refusèrent de présenter au capitaine le moindre document écrit prescrivant la perquisition de l'avion. Elles exigèrent que l'équipage quitte l'avion et se soumette aussi à une fouille personnelle. Le capitaine demanda le motif de la perquisition et n'obtint qu'une réponse orale, à savoir la recherche de produits interdits. Fort de son droit et du règlement, le capitaine refusa de quitter l'aéronef, mais il fut alors confiné à la cabine de pilotage, et il lui fut physiquement interdit d'accompagner la fouille. Il ne lui fut pas délivré de procès-verbal de perquisition, ni quelconque document attestant de l'opération, de son résultat, de ses auteurs ou de ses commanditaires.
 
Les passagers firent sortir l'information de l'aéroport, et l'ambassade de Russie se déplaça mais n'obtint aucune explication. Le ministère des affaires étrangères britannique s'avéra injoignable vendredi soir, une rupture de permanence notable dans le contexte de la tension que le Royaume-Uni a récemment élevée dans ses relations avec la Russie. Pour sa part, l'ambassadeur britannique en Russie Laurie Bristow, convoqué dès vendredi au ministère des affaires étrangères russe, fut évidemment incapable d'apporter la moindre réponse mais n'omit pas de déclarer qu'avant toute chose il fallait se rappeler le contexte, à savoir que "l'utilisation d'une arme chimique dans les rues du Royaume-Uni avait menacé la vie de nombreuses personnes dans [son] pays". A ce sujet d'ailleurs, alors que toute la presse anglaise rapporte que la citoyenne russe Julia Skripal parle et va mieux (il semble même qu'elle a accédé à son compte VK dès le 7 mars, il y a plus de trois semaines), elle est encore au secret et son consul se voit toujours interdire de la visiter, en violation expresse de la Convention de Vienne sur les Relations Consulaires (article 36).
 
Manifestement l'absence d'acte écrit et l'interdiction faite au personnel d'accompagner la visite constituent au moins deux violations des règles et des us.
 
Il est pourtant vrai que, selon l'article 16 de la Convention relative à l'Aviation Civile Internationale "les autorités compétentes de chacun des Etats contractants ont le droit de visiter, à l'atterrissage et au départ, sans causer de retard déraisonnable, les aéronefs des autres Etats contractants et d'examiner les certificats et autres documents prescrits par la présente Convention".
 
Néanmoins, en conclusion de travaux sur la responsabilité des Etats en matière de sécurité des services aériens, le Conseil de l'Organisation de l'Aviation Civile Internationale a bien précisé le 13 juin 2001 l'objet de telles visites, dans des recommandations de l'OACI diffusées par lettre AN 6/42-01/84 trois jours après la célèbre destruction coordonnée à New York de trois gratte-ciels dont deux préalablement frappés par des avions détournés. En l'occurrence l'OACI précisait alors que "nonobstant les obligations mentionnées à l'article 33 de la Convention de Chicago, l'objet de cette visite est de vérifier la validité des documents pertinents de l'aéronef, les licences de son équipage et que l'équipement de l'aéronef et son état sont conformes aux normes en vigueur conformément à la Convention". L'article 33 mentionné prévoit la reconnaissance mutuelle des certificats et licences délivrés conformément aux normes de l'OACI. Cet article 16 de la Convention autorise donc essentiellement un contrôle de documents, et accessoirement un contrôle technique rapide.
 
Jointe, la police régionale (Scotland Yard) en charge de l'aéroport a déclaré n'avoir procédé à aucune inspection d'Airbus arrivé de Moscou. Ce samedi matin, le ministère britannique de l'intérieur a déclaré à la presse (The Mirror et autres) avoir lancé une enquête pour déterminer ce qui s'était passé. Alors que le capitaine pensait avoir identifié la police des frontières, la BBC a déclaré que la douane avait inspecté un avion à l'aéroport d'Heathrow, sans autre précision. Comme la presse britannique orale et télématique mentionnait l'affaire dès vendredi soir sans que les services officiels russes aient reçu la moindre explication, le ministère russe des affaires étrangères a fini par déclarer qu'effectivement un incident s'était produit, et que puisque le comportement du personnel britannique non identifié ni authentifié par aucun service, et travaillant sans témoins, pouvait conduire à suspecter une manipulation, le personnel de sécurité de l'ambassade et l'équipage de l'avion avaient dû conduire ensuite leur propre contre-fouille. Pour mémoire, toute ambassade dispose d'officiers publics habilités à établir un acte notarié, de valeur équivalente ou supérieure à un constat d'huissier. Ce matin, The Sun citait des "informations mystérieuses émanant de Russie" et faisant état de cette inspection inhabituelle, confirmée par ses sources sur place. Mais pour l'essentiel la presse britannique de ce samedi matin, sur un ton généralement incrédule, ne parlait que d'allégations russes et de prétendue inspection, et citait les différences services de sécurité britanniques qu'elle avait contactés et qui avaient nié avoir procédé à la moindre inspection d'avion russe hier. Plus tard dans la journée le secrétaire d'état britannique à la sécurité Ben Wallace a cependant déclaré qu'il ne s'agissait que d'une inspection de routine dans le cadre de la lutte contre la criminalité organisée.
 
Le fameux flegme britannique peut certes qualifier de routinière une inspection anormale (conduite au mépris des normes) n'ayant retardé que de trois heures moins vingt le décollage d'un vol international (reparti à 19h54 au lieu de 17h15) et n'ayant occasionné qu'une perturbation mineure de l'ensemble de la programmation du terminal 4. Les passagers arrivés à l'aéroport de Chérémétiévo au milieu de la nuit, à 1h22 au lieu de 22h55, ne seront pas indemnisés faute d'un retard supérieur à trois heures.
 
Mais il est difficile de soutenir que l'incident n'a pas eu lieu. Quand bien même le commando pas encore identifié serait une bande de hors-la-loi s'étant emparés sur place d'uniformes pourvus du badge de sécurité, la sécurité des services aériens incombe aux Etats, responsables sur leur territoire respectif. Surtout, il est inconcevable que les services de contrôle aérien (si ce n'est la direction de l'aéroport) n'aient pas remarqué le défaut de décollage d'un avion pendant pendant deux heures quarante et ne se soient pas informés sur la nature de son avarie. De toute évidence, si aucune catastrophe aérienne n'a eu lieu c'est que le contrôle aérien a bien modifié sa programmation, comme l'ont d'ailleurs noté les milliers de passagers en souffrance. Une information existe donc, même si elle est encore occultée. En l'occurrence le tardif communiqué du ministère britannique de l'intérieur, diffusé après que le ministère russe des affaires étrangères ait vu dans l'absence de réponses la confirmation d'une provocation de plus, sonne presque comme une couverture de principe d'un écart commis par un service que l'enquête annoncée par le ministère de l'intérieur déterminera.
 
De son côté le site internet du gouvernement britannique, mis à jour le 27 mars, informe ses sujets souhaitant voyager en Russie que "du fait de la hausse des tensions politiques entre le Royaume-Uni et la Russie, vous devez prendre en compte la possibilité d'un sentiment ou d'un harcèlement antibritannique en ce moment". Que l'incident d'hier ait été planifié et ordonné, ou malencontreusement commis par excès de zèle, son résultat sera certainement une diminution des voyages privés entre les deux pays, au moment de la réservation des vols pour le tournoi mondial de football qui commencera dans deux mois et demi.
 
Accessoirement, cela aura aussi fourni une occasion de vérifier la loyauté nationaliste de la presse britannique, qui en ajoutant ses commentaires incrédules aux dénis officiels aura, sinon oeuvré à sa crédibilité, du moins confirmé son orientation misorusse. En temps de paix cette partialité de la presse pourrait ne pas être dramatique.
 
Les manoeuvres se terminent, les grandes opérations médiatiques vont commencer. Le risque n'est pas que les provocations dérapent du côté russe, l'ennemi déclaré l'a compris. Les provocations prétendues incidentelles n'escaladeront pas au-delà de la réciprocité conventionnelle. Mais elles se multiplieront. Le risque est donc que leur accumulation conduise à l'accoutumance des populations, qui ne réagissent déjà plus et, encadrées par la presse, suivent docilement leurs gouvernements vers la guerre.

lundi 26 mars 2018

le pilote qui a abattu le MH17 malaisien ne parlera plus

Vladislav Volochine s'est éteint le 18 mars, dans sa chambre, d'une balle en plein coeur à l'âge de vingt-neuf ans. Pour mémoire, il s'agissait du pilote (alors capitaine) ukrainien qui avait abattu le vol malaisien MH17 le 17 juillet 2014.
 
La thèse retenue est celle du suicide, même si quelques journaux mentionnent qu'il se serait tiré plusieurs balles dans le coeur (la plupart ne mentionnent qu'une balle). Une enquête de principe a été ouverte par la police, comme l'exige la loi en cas de décès par arme à feu, et à plus forte raison sachant que l'immatriculation du pistolet trouvé près de lui avait été ôtée. Son épouse dit l'avoir trouvé mourant dans leur chambre, après avoir entendu un coup de feu. Elle a déclaré qu'il avait reçu la veille un appel téléphonique qui avait semblé l'abattre, et qu'il n'avait pas voulu en parler.
 
Evidemment la presse anglaise, à commencer par le Daily Star, accuse la Russie.
 
Certes l'entourage de Volochine explique que, depuis la tragique méprise du 17 juillet 2014 qui a coûté la vie à trois cents personnes, il n'était plus le même et se trouvait profondément dépressif. Mais c'était un officier, conscient de ses responsabilités de chef de famille, avec deux enfants très jeunes. La presse antirusse déclare qu'il a quitté l'armée de l'air "suite aux accusations proférées par la Russie", ce qui est faux puisqu'elles ne l'ont plus touché depuis qu'il les a démenties (spontanément ou sur ordre), en 2014, et qu'il était certainement mieux judiciairement protégé comme officier en service que comme civil. Les conséquences de son obéissance aux ordres du 17 juillet l'ont personnellement beaucoup affecté, mais il n'a démissionné de l'armée de l'air que deux ans et demi plus tard, en janvier 2017, pour des raisons économiques.
 
Dans beaucoup de pays les officiers font voeu d'austérité et de frugalité, mais en ex-Ukraine faillie même la solde à l'air d'un commandant (s'il refuse la corruption) permet difficilement de payer un loyer et de nourrir quatre personnes, et c'est pareil pour tous les grades d'officier dans toutes les armes, d'après l'intéressé. Pour expliquer sa démission, Volochine a aussi raconté que les pilotes devaient s'équiper sur leur solde pour améliorer leur sécurité. La combinaison des pilotes est de très mauvaise qualité, déchirable et inflammable, aussi ils en achètent ailleurs, comme lui qui avait commandé la sienne en Biélorussie. Ils n'ont pas de bottines et pilotent en espadrilles ou mocassins de sport selon leurs moyens, et des réseaux de volontaires leur offrent casque et masque modernes achetés en Russie. Pour s'engager dans l'armée ukrainienne il fallait posséder un sens du devoir certain, qui ressemble peu à la désertion d'un suicidé.
 
Le 16 juillet 2014, le régime "Maïdan" de Kiev a annoncé le déploiement d'au moins 27 systèmes anti-aériens Bouk-M1, alors que la résistance au coup d'Etat du 22 février ne possédait pas d'aéronefs. Le 17 au matin il a fait installer des missiles air-air, exceptionnellement déstockés à cet effet, sur deux Sukhoï-25 normalement voués à l'appui-feu (cibles au sol). Lorsque la Russie a confirmé le plan de vol de son avion présidentiel revenant ce jour-là du sommet BRICS à Fortaleza (Brésil), on a mis en alerte les pilotes, et après son passage au-dessus de la Pologne, communiqué par un pays tiers puisque l'Ukraine n'avait pas de satellite au-dessus de l'Europe de l'Est cette semaine-là, on a activé le radar de poursuite Koupol, d'une portée de 85 km, stationné depuis peu près de Styla. Mais celui-ci a accroché un avion erroné, le Boeing 777 malaisien venant d'Amsterdam qui était passé au-dessus de Varsovie, à la même altitude (10000 mètres) quarante minutes après l'Iliouchine 96 russe. L'avion approchant, on a alors fait décoller au moins un Sukhoï-25, et il semble même qu'on ait ordonné à la cible de modifier sa trajectoire et son altitude. Vu de l'arrière et de dessous (conditions de tir) à quelques kilomètres de distance, le nom de la compagnie marqué au-dessus et en avant des ailes était invisible, et le pilote a pris les bandes longitudinales bleue et rouge de l'avion malaisien pour les bandes rouge et bleue décrites pour l'avion russe. L'expert aéronautique allemand Peter Haisenko a déterminé d'après les débris que l'avion avait d'abord reçu un missile R60 qui aurait seulement détruit le moteur droit, puis qu'on avait mitraillé au canon de 30 mm la cabine de pilotage (ce qui confirme les observations de l'équipe de récupération de l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe), tuant les pilotes mais n'interrompant pas le vol de l'avion, et qu'enfin on aurait mitraillé la carlingue, l'explosion des réservoirs dans les ailes coupant alors l'avion en deux et provoquant sa chute. En rentrant à la base d'Aviatorskoïe le Sukhoï-25 de Volochine n'avait plus ses missiles, lui-même a déclaré qu'on l'avait envoyé descendre une cible erronée, et le soir au cercle en apprenant par la télévision la tragédie du Boeing malaisien, Volochine a déploré devant d'autres officiers que cet avion se soit trouvé "au mauvais endroit au mauvais moment".
 
Le 8 août un accord secret entre les gouvernements néerlandais, belge et australien et le régime issu du coup d'Etat du 22 février en Ukraine confiait aux Pays-Bas (pays d'origine de la majorité des victimes) l'enquête sur la destruction en vol du Boeing, en excluait la Malaisie et accordait à chacun de ces pays un droit de veto sur la diffusion des futurs résultats de l'enquête. La Russie immédiatement accusée et détentrice (car voisine) de preuves matérielles ne fut pas admise à y participer, de même que la Malaisie qui le demandait pourtant avec insistance puisque l'avion était non seulement la propriété d'une entreprise malaisienne mais également une portion du territoire malaisien, comme un navire, d'ailleurs en cas de naissance ou décès en vol (ce qui était le cas) il est enregistré par l'état-civil du pays d'immatriculation. Les Etats-Unis d'Amérique ont refusé de communiquer à cette commission d'enquête partiale les photographies que leur satellite Key Hole (entre autres) avait prises en survolant la zone au moment même de la tragédie, ce qu'ils cachèrent d'ailleurs pendant plusieurs jours jusqu'à ce que la Russie le prouve. Ladite commission d'enquête n'a jamais réclamé (et a laissé détruire par l'Ukraine) l'enregistrement des communications entre le Boeing et le contrôle aérien de Dniepropetrovsk, toujours examinées dans des cas similaires comme la Russie l'avait immédiatement rappelé et recommandé. Le régime ukrainien a fait pilonner la zone de l'écrasement chaque fois que les équipes de l'OSCE s'en approchaient, toujours après l'avoir annoncé. Le 21 juillet le Conseil de Sécurité de l'ONU a dû exiger, par sa résolution 2166 présentée par l'Australie (pour la Malaisie non membre) et soutenue par la Russie, un cessez-le-feu dans la zone de l'épave, que le régime ukrainien a ensuite violé tous les jours puis unilatéralement "annulé" le 7 août, et lorsque le 8 août la Russie a proposé une nouvelle résolution appelant l'Ukraine à respecter ce cessez-le-feu les Etats-Unis y ont opposé leur veto. Pendant quatre mois la commission d'enquête partiale refusa d'aller visiter le lieu sécurisé par la République de Donetsk (qui lui avait envoyé les boîtes noires récupérées sous le feu ukrainien), jusqu'à ce que cette dernière s'adressât à la Malaisie qui annonça alors l'envoi d'une mission médico-légale et technique... ce qui décida le gouvernement néerlandais à envoyer précipitamment une équipe pour enlever (voler) les débris appartenant à la Malaisie. Pour sa part la presse abonnée aux trois grandes agences de presse de l'Alliance Atlantique multipliait les mensonges, déclarant que le Sukhoï-25 plafonnait à 7600 m, présentant comme russe un convoi militaire (avec missile Bouk) aisément identifiable comme ukrainien filmé à Krasnoarmeïsk, prétendant prouver l'absence de systèmes anti-aériens ukrainiens dans la région par des images satellites prises une semaine après le drame, puis tentant de faire croire à son public que la Russie aurait introduit des armes anti-aériennes en Ukraine juste pour ce forfait puis les aurait retirées, etc. Comme Stratediplo l'écrivait le 23 décembre 2014, "la vérité sur le vol MH17 ne sera jamais publiée".
 
Après son départ de l'armée de l'air Volochine est entré comme cadre civil à l'aéroport de Mykolaïev, où il faisait fonction de directeur ce qui lui pourvoyait un salaire un peu meilleur pour entretenir sa famille. Il est difficile de croire qu'il l'ait soudain abandonnée à la misère sans une incitation très forte, faisant peut-être justement appel à sa responsabilité de protéger sa famille.
 
Le suicide sur ordre de Volochine annoncerait-il un réchauffement du plat MH17 ? Dans un article à diffusion limitée du 4 janvier 2015, Stratediplo écrivait, suite à l'offre hypocrite de trente millions de dollars par l'agence de détectives allemande Wifca pour des informations, que "c'est le capitaine ukrainien Vladislav Volochine qui a été envoyé descendre l'Iliouchine 96 qui ramenait le président Vladimir Poutine du Brésil le 17 juillet [...], mais il serait surprenant qu'il vive vieux".

évaluation de l'évaluation nationale du 14 avril

Utilisé en justification d'un acte d'agression, crime contre la paix considéré comme la transgression suprême du droit internati...