mardi 13 février 2018

institutionnalisation de l'islam

L'étude des relations internationales impose parfois de se pencher, fût-ce avec réticence, sur la politique intérieure des grandes puissances qui influencent le monde.
 
Le président Emmanuel Macron, dont le prénom d'origine hébraïque qui signifie "avec nous Dieu" pourrait aisément être actualisé en Emmanuallah sans perdre sa signification fondamentale, annonce l'institutionnalisation de l'islam en France.
 
Certes ce n'était pas précisément dans son programme électoral, d'ailleurs vide et essentiellement remplacé par un discours de haine envers la France prononcé à l'étranger (dans un pays qui se dit ennemi) en conclusion de sa campagne électorale. Il n'y avait donc pas de projet précis mais l'intention générale était claire. Ainsi les électeurs français ne peuvent pas se plaindre (et ne se plaignent d'ailleurs pas), puisqu'après avoir présélectionné la seule candidate qui disait vouloir commencer son mandat par des referenda sur tous les sujets importants et le seul candidat qui disait vouloir gouverner par ordonnances sans consultation du parlement, ils ont finalement choisi ce dernier pour diriger le régime et administrer le pays pendant cinq ans. Comme on l'écrivait le 21 avril 2017 "un détachement notable de Macron ou Fillon signifierait une abdication du souverain électorat" (www.stratediplo.blogspot.com/2017/04/reconduction-ad-nutum-et-ad-nauseam.html), et comme on le confirmait le 10 mai "tandis que le peuple voit le qualificatif de populiste dévoyé en injure disqualifiante [...] l'électorat français en a tiré les conséquences et se retire de la politique" (www.stratediplo.blogspot.com/2017/05/le-dernier-president.html). On ajoutait alors que "le peuple souverain a signifié son abdication".
 
Et cette institutionnalisation n'était pas non plus nécessaire, puisque non seulement la majorité du pays y est opposée, mais que, de plus, la minorité mahométane ne la demande pas et ne l'attend pas. La France n'est ni le Maroc ni la Jordanie, dont les chefs d'Etat peuvent de manière plus ou moins crédible se revendiquer descendants du prophète sans prophéties et donc incarner le caliphat au moins au niveau national, même si certains des décrets qu'ils prennent peuvent être considérés comme des infractions locales et temporaires à la charia, la loi de l'islam définie dans le Coran. A contrario, quelles concessions que le régime jacobin français veuille bien faire envers l'islam, il sera toujours considéré par les musulmans comme illégitime à les gouverner. Si l'institutionnalisation de l'islam voulue par les maîtres du président Macron est évidemment une reconnaissance de l'islam par le régime, elle n'a aucune chance d'obtenir une reconnaissance du régime par l'islam. Cela, les instigateurs de ce projet ne peuvent pas l'ignorer, puisqu'ils n'ont aucun principe mais certainement pas aucune instruction. Cette initiative ne vise donc pas à séduire la société mahométane.
 
Elle ne vise pas non plus à l'encadrer ou à l'encaserner, même si c'est un des alibis avancés depuis la présidence de Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa pour la fourniture de moyens organisationnels à l'islam. En effet, comme on le rappelait le 25 décembre dernier (www.stratediplo.blogspot.com/2017/12/la-fin-de-la-laicite.html) au sujet de l'abandon de la prétendue séparation de l'Etat et de l'Eglise (sans séparation de biens) un siècle après la nationalisation de cette dernière, "rien n'est plus étranger à l'islam que la notion de clercs et surtout de laïcs". Les mouftis ont essentiellement un rôle d'instruction, ils ne sont pas une hiérarchie de commandement des mahométans. Non seulement une institution de l'islam en France n'aura jamais le moindre pouvoir de contrôle ou d'orientation des mahométans, mais elle ne relaiera jamais non plus le moindre message qui diffère de celui gravé dans le Coran et diffusé par Al Azhar même si le gouvernement français lui demandait, par exemple, d'enseigner l'égalité de l'homme et de la femme.
 
L'institutionnalisation de l'islam ne vise pas non plus l'Etat, dont les grands serviteurs n'ont aucune intention d'abjurer l'idéologie franc-maçonne affirmée sur tous les frontons de bâtiments publics. Toutes les innovations légales et technobiologiques visant à dépersonnaliser l'homme, en matière par exemple de patronymie, de moeurs, de reproduction, de nature du corps, de santé, de début et de fin de la vie, sont pour l'essentiel (car même la contradiction islamique apparente entre autorisation de sodomiser et condamnation d'être sodomisé n'est pas illogique si elle est lue selon le rapport maître-soumis) aussi contraires à l'islam qu'au christianisme. Ces innovations, dont la fréquence d'introduction puis d'imposition va croissant, dénotent par leur cohérence et leur constance l'existence d'un projet social ("sociétal" diraient les néologistes) déterminé, soutenu par une politique volontariste et vigoureuse. D'autres innovations légales et morales en préparation, dont la révélation et la généralisation de par le monde occidental sera aussi soudaine et coordonnée que pour l'appariement (dit "mariage") homosexuel, heurteront aussi résolument les Mahométans que les Chrétiens ou les Juifs, même si les premiers s'en accommoderont plus facilement que les autres, au motif que de toute façon l'Etat non islamique est illégitime et provisoire. Les pouvoirs supranationaux qui dictent l'agenda de la construction de la société matérialiste absolue (où la vie de l'homme n'aura pas de valeur plus sacrée que celle du chien ou d'autres conglomérats de cellules) n'ont aucune intention de se convertir eux-mêmes à l'islam qu'ils entendent imposer comme idéologie de la soumission.
 
Si l'institutionnalisation de l'islam en France ne s'adresse ni aux musulmans ni aux serviteurs de l'Etat, elle vise donc le reste de la société. C'est d'abord un message, indiquant aux peuples de France que l'islam passe du statut d'option personnelle à celui de choix étatique. Après que le même président Macron ait ostensiblement refusé de toucher l'eau bénite disposée au chevet de la dépouille de Jean-Philippe Smet (dit Johnny Halliday) invitant les visiteurs à la bénir, il faut s'attendre au contraire à sa fréquentation assidue de la fête de l'égorgement, à l'exemple des édiles parisiens grands promoteurs du ramadan. Tandis que la justice aux ordres punit sévèrement toute offense envers l'islam dans une inéquité flagrante avec sa bienveillance pour les blasphémateurs du christianisme, les réfractaires à l'islamisation sont déportés dans les enclaves de droit musulman de l'archipel carcéral extraterritorialisé (www.stratediplo.blogspot.com/2017/07/deportation-hors-etat-de-droit-pour.html). Petit à petit, c'est toute une panoplie de répression qui est mise en place pour soumettre les peuples de France à l'islam. Les grandes campagnes médiatiques d'incitation à l'affichage des signes extérieurs de la soumission se doublent de travaux législatifs visant l'islamisation des relations de travail et de la vie en entreprise, et d'un chantier de construction jurisprudentielle visant la généralisation de l'alimentation mahométane dans la restauration collective et dans la distribution commerciale.
 
Il n'est pas impossible non plus qu'une recherche de reconnaissance internationale joue un rôle dans l'annonce d'Emmanuel Macron. L'expérience du Royaume-Uni en matière d'expérimentation puis de multiplication de tribunaux islamiques le destine à devenir un modèle à copier, l'expérience de l'Italie en matière de coordination multinationale et multistatutaire de flottes d'importation massive d'illégaux à l'anonymat garanti la destine à diffuser ce savoir-faire, et l'expérience de l'Allemagne en matière d'imposition du mensonge à la police et à la presse et d'empêchement de la sécession des provinces envahies (www.stratediplo.blogspot.com/2017/04/soumission-de-la-baviere-le-13.html) la destine à exporter ces compétences. Dans ce contexte, le gouvernement français a peut-être cherché son propre créneau d'expérimentation pour apporter sa contribution originale à l'islamisation des sociétés européennes.
 
Evidemment l'institutionnalisation d'une idéologie qui professe l'inégalité de nature entre le mahométan et le non-mahométan et l'inégalité de droits entre l'homme et la femme, qui règlemente le meurtre rituel et l'esclavage, qui justifie le viol y compris de mineurs, qui prône la peine de mort et les châtiments corporels... peut surprendre de la part d'un régime qui, il y a quelques années à peine, interdisait des sectes dont la seule déviance était la difficulté d'en sortir ou les allégations de confiscation (consentie) de patrimoine. Mais ce régime n'en est pas à une forfaiture près.

lundi 5 février 2018

conversions forcées et inconscientes de mineurs

En France comme dans toute l'Europe on entend de plus en plus parler de visites de mosquées par les élèves.
 
Ces visites sont très souvent organisées à l'avance, mais secrètement, et non annoncées, pour que les parents ne puissent pas les prévenir. Elles sont effectuées pendant les horaires d'étude de la scolarité légalement obligatoire, ce qui est évidemment un détournement de moyens puisque les parents confient leurs enfants à l'Etat quelques heures par jour, et lui allouent un budget d'éducation auquel ils contribuent sur leurs revenus, dans l'unique but d'apporter à leurs enfants une instruction expressément détaillée par un programme scolaire dont les grandes lignes sont définies par les représentants des citoyens réunis en parlement. Mais c'est surtout un détournement d'autorité temporairement déléguée à des fins spécifiques par les parents, seuls titulaires de l'autorité parentale comme de la responsabilité parentale, qui inclut la responsabilité de décider ce qui est bon pour leurs enfants (et d'en répondre en cas de mauvaise décision), jusqu'à la majorité de ceux-ci. Et c'est un franc abus d'autorité si on impose ces visites par la menace, ou l'application, de punitions disciplinaires à l'encontre des enfants récalcitrants ou des enfants de parents protestataires.
 
On objectera que le gouvernement a reçu du parlement le mandat d'imposer des obligations aux mineurs même à l'encontre de la volonté des titulaires de l'autorité parentale et de la responsabilité nourricière et éducative, par exemple des vaccinations individuelles à finalité collective pour l'éradication définitive des anciennes épidémies européennes ou la tentative de circonscription des nouvelles épidémies exotiques importées par ledit gouvernement. Ou encore, on objectera que, se voyant confier les enfants plusieurs heures par jour, le gouvernement doit aussi leur fournir des moyens d'éducation et de développement personnel au-delà de la stricte instruction, par exemple en matière physique et sportive, que les populations contribuables ne contestent d'ailleurs pas (il n'en est certes pas de même des populations redistribuables mais la corrélation n'est peut-être que coïncidente).
 
Cependant, dans la plupart des pays uniopéens l'Etat n'a aucun mandat d'instruction religieuse. Non seulement les peuples administrés ne lui ont pas confié la mission d'enseigner le christianisme, ou le judaïsme, ou même l'athéisme, mais dans la majorité des cas ils ne lui ont pas demandé non plus d'éveiller les enfants au sentiment religieux ou de leur présenter l'éventail des diverses religions. Les programmes d'humanités (quand il en reste) destinés aux adolescents sont censés présenter les philosophes grecs antiques, les français du siècle des lumières et les allemands de la révolution industrielle et capitaliste, mais ni les incitations à la méditation de Bouddha, ni les incitations à l'amour de Jésus ni les incitations au crime de Mahomet, ces dernières étant d'ailleurs prohibées (pas pour leur auteur mais pour leur nature) par la plupart des codes pénaux du monde civilisé, France incluse puisqu'en dépit de son autorisation de prôner le djihad, radiodiffusée le 5 août 2014, le gouvernement n'a pas encore demandé au parlement d'abroger les articles 211-2, 412-8, 431-6, 433-10 et R625-7 et similaires du code pénal.
 
Mais il y a bien plus grave. Aujourd'hui pour que les enfants s'assimilent (se sentent similaires) à ce qu'on leur présente, on le leur fait tester en personne et pas seulement observer. Les hussards de la république font marcher les petits garçons en talons hauts, fût-ce sur quelques mètres, pour qu'ils se rendent compte "dans leur peau" comme il est difficile d'être une femme, et ils font sauter ou s'accroupir les petites filles en pantalons serrés, fût-ce sur quelques obstacles, pour qu'elles se rendent compte "dans leur peau" comme il est difficile d'être un homme. Ils font peut-être aussi déambuler les enfants visages-pâles maquillés au cirage noir ou à la marmelade de citron, fût-ce dans la rue en face de l'école, pour leur faire expérimenter le regard des racistes blancs sur les passants noirs et jaunes. On ne leur fait pas visiter une entreprise de travaux publics sans les asseoir aux commandes d'une pelle mécanique, un régiment de cavalerie sans les faire pointer à l'écran d'une caméra infrarouge de visée, ou une ferme apicole sans goûter un peu de miel. Et, évidemment, on les fait se déchausser en entrant dans la mosquée, d'ailleurs pas par mimétisme mais parce qu'ils n'y seraient pas admis autrement, et ils racontent ensuite aux parents qu'on leur a même fait répéter quelques mots d'arabe, à titre d'illustration de la diversité culturelle et linguistique bien sûr.
 
Il est certes normal de se déchausser pour entrer dans une mosquée où c'est une règle, par respect un peu plus impératif que pour entrer dans la maison d'un proche-oriental ou d'un slave où c'est une simple coutume de savoir-vivre, comme il est normal (pour un homme) de se découvrir pour entrer dans une église où c'est la règle, par respect un peu plus impératif que pour entrer dans la maison d'un européen où c'est une simple coutume de savoir-vivre. Cependant on peut visiter une synagogue sans être circoncis, et on peut visiter une église sans être baptisé. Toutefois, hormis quelques rares cas à vocation prosélyte (permanente ou exceptionnelle type "journée portes ouvertes") et qui n'existent que dans quelques pays, la règle générale est qu'on ne peut pas entrer dans une mosquée, et en particulier la salle de prière, si on n'est pas musulman. Certes il suffit de prononcer une phrase pour être fait musulman.
 
Le régime n'en est pas à son coup d'essai. Pour mémoire, le 24 novembre 1979 au moins un officier et deux sous-officiers de l'armée de terre française ont été convertis à l'islam par obligation de service, c'est-à-dire sur ordre gouvernemental. Il s'agissait en l'occurrence du capitaine Paul Barril et d'au moins deux sous-officiers du Groupement d'Intervention de la Gendarmerie Nationale, envoyés par le gouvernement français pour concevoir, préparer et superviser la libération de la Grande Mosquée de La Mecque où quelques centaines de terroristes tenaient en otage plusieurs milliers de pèlerins depuis le 20 novembre. Arrivé par avion spécial pour cette mission secrète la veille après une entente intergouvernementale au plus haut niveau l'avant-veille, ce n'est qu'au moment d'entrer dans les lieux saints le 24 que l'officier, engagé pour servir son pays sous un régime prétendument séculier, reçut l'ordre de se convertir et de faire convertir ses subordonnés.
 
Il ne s'agissait pas d'une feinte ou d'un rite sans signification. Le sacré ne se feint pas, d'ailleurs la tentative de feinte est une profanation. On peut feindre un acte (sauf peut-être en pornographie), on peut tirer une cartouche chargée à blanc, mais on ne feint pas une parole, elle est prononcée ou elle ne l'est pas. Il n'y a pas de doublure comme pour une cascade. Dans d'autres religions il y a un examen de connaissances ou de motivation, ou un élément matériel indispensable, mais pour la conversion à l'islam il n'y a qu'une phrase à prononcer, d'ailleurs valide même si elle est prononcée sous la contrainte. Et on ne saurait duper les oulémas, convoqués par le roi Khaled pour suspendre exceptionnellement l'interdiction pluri-séculaire d'utiliser et même de porter des armes à La Mecque, mais qui n'ont pas autorisé l'entrée de non-musulmans donc ils n'ont eu aucun doute sur la validité de cette profession de foi des meilleurs anti-terroristes du monde. La question n'est pas de croire en ceci ou de ne pas croire en cela, comme on pourrait le penser en référence à d'autres philosophies ou religions. Elle n'est pas non plus d'entrer dans une communauté avec laquelle on pourrait aussi facilement ne plus être en communion ultérieurement.
 
Faire par mimétisme une génuflexion en entrant dans une église catholique n'engage à rien, et même se signer ne sera pas considéré par la communauté ou le clergé chrétien comme un engagement irréversible (ou même révocable) envers soi, envers les autres et envers Dieu. Poursuivre dans une secte ses questionnements essentiels et existentiels d'adolescence n'est pas s'engager à vie sans possibilité de revirement. Mais la profession de foi mahométane n'est pas rétractile. Au contraire du baptême chrétien, qui par l'effacement des conséquences du "péché originel" inhérent à l'espèce humaine entend rendre à l'homme le libre arbitre de ses choix (et les conséquences de ses seuls choix), la chahada musulmane ôte définitivement sa liberté à l'homme puisqu'elle le met en soumission (signification du mot "islam" en arabe) irrévocable.
 
Car, bien plus sérieusement que toutes les questions de croyance personnelle, l'entrée en islam change, aux yeux de tout l'Islam, la nature même de l'homme. Celui qui a prononcé cette formule change de nature, et passe de l'état ou plutôt de la nature de "infidèle" à celle de "croyant", une différence aussi importante qu'entre homme et femme et plus qu'entre homme libre et esclave. Toute personne qui a prononcé la chahada est désormais considérée comme musulmane, à vie, par les autorités et la communauté musulmane. Cette personne a des devoirs, certes, à acquitter selon ses capacités et dont seul Allah est juge. Mais elle a aussi l'interdiction formelle de prétendre quitter l'islam, c'est-à-dire d'apostasier, sous peine de condamnation à mort prononcée et appliquée par les hommes. Cela sera opportunément rappelé un jour à ces islamisés scolaires.
 
Au-delà de la violation de la liberté de conscience et de religion, donc de la violation de la Charte des Droits de l'Homme, de la Convention Européenne de Sauvegarde des Droits de l'Homme et des Libertés Fondamentales, et aussi de la constitution française, faire réciter à un enfant, dans une langue qu'il comprend ou pas, sous prétexte d'exodulie, la profession de foi mahométane, est un crime suprême contre sa personne. Obliger un enfant à changer l'eau des fleurs sur l'autel de Shiva ou à s'agenouiller sur un tapis de prière, sans l'autorisation de ses parents, est certainement un délit. Lui faire répéter la chahada est un crime pire qu'une tentative d'assassinat ou qu'un viol consommé.
 
Que celui qui a des doutes sur ce qui peut réellement se passer lors de ces opérations scolaires illégitimes et illicites dans les mosquées se rappelle qu'elles sont conduites par le même régime qui a sciemment et volontairement imposé aux populations, entre autres forfaitures, les transfusions empoisonnées au rétrovirus du syndrome immuno-déficitaire acquis et les pluies radioactives venues de Tchernobyl. Si on fait répéter quelques mots d'arabe aux écoliers qu'on amène dans les mosquées, c'est très certainement de cela qu'il s'agit.
 
Il est impératif et urgent de restaurer un régime laïque appliquant le principe chrétien de séparation des autorités temporelles et religieuses.

mardi 30 janvier 2018

honni soit

On ne peut évaluer les résultats de l'intervention française au Mali sans évoquer d'abord ses objectifs, en regard desquels juger lesdits résultats.
 
Tout semble indiquer que l'intervention française avait pour objectif premier d'interdire non seulement la sécession touareg, pourtant seule capable d'apporter une stabilité durable au Sahel, mais aussi la compréhension ethnique du conflit pluriséculaire. On a donc vite saisi l'argument religieux arrivé de Libye avec les armes françaises larguées à l'aveuglette notamment sur le Fezzan en 2011, qui ne pouvaient qu'attirer des gens comme Mokhtar Belmokhtar pour qui mille kilomètres ne sont rien. La sécession sans guerre (faute d'armée malienne et vues les immensités) de l'Azaouad a ainsi été transformée en une guerre de religion (au singulier), ce qui a aussi permis d'introduire les tribus dites arabes entre les touarègues et les peuples du sud du Niger. Et la guerre de religion a permis de sauver le régime agouvernemental du Mali en détournant les mécontentements et en donnant un rôle à la présidence faillie, en l'occurrence l'accueil d'étrangers et supranationaux à l'aéroport de Bamako.
 
L'inefficacité intentionnelle de la France a permis l'affirmation de l'interventionnisme tchadien (comme en Centrafrique, au Nigéria et ailleurs) et la montée des craintes et des espoirs relatifs à l'inéluctable sortie hors de ses frontières, à moyen terme, de la première puissance militaire d'Afrique, l'Algérie qui fait monter les enchères en se faisant attendre, notamment à l'ouest où elle n'interviendra qu'en échange d'un (longuement désiré) accès à l'Atlantique. En plus de se décrédibiliser volontairement en défendant l'indéfendable, le gouvernement français a même pu à moindre frais humilier son armée, selon les voeux de l'oncle Samuel (qui malgré la conquête chinoise maintient son objectif de chasser la France d'Afrique), mal chaussée au point de devoir voler aux rebelles neutralisés leurs inusables vieux brodequins de marche à jambière attenante, offerts très d'occasion par la France à l'armée malienne puis pris sur celle-ci par les rebelles, et toujours supérieurs après des années d'usage dans le Sahara aux gadgets jetables que Bercy jette à Saint-Dominique pour ses disciples de Saint Maurice… Tout semble donc s'être déroulé comme on le pressentait en 2012.
 
On demande ce que la France aurait dû faire d'autre, la réponse est rien. Sur le plan politique le Mali est un Etat souverain, et l'accord de défense consenti par la France en cas d'agression extérieure ne l'oblige pas, n'en déplaise aux clients de matières premières maliennes, à défendre le régime face à son incompétence par désintérêt. La France n'avait pas à intervenir pour "sauver un régime", selon le mot du président François Hollande au président François Bozizé le 31 décembre 2012, mal à propos d'ailleurs puisque la Centrafrique, par contre, était alors agressée de l'extérieur, en l'occurrence par le Séléka, bande soudanaise d'esclavagistes en mal d'esclaves noirs chrétiens depuis l'indépendance du Soudan du Sud. D'ailleurs un an plus tard le même président Hollande n'hésitera pas à lancer l'opération Esbrouffe pour sauver, sous un nom de transition, le joug islamiste soudanais remué par les populations chrétiennes centrafricaines. Au contraire au Mali il n'y a pas eu d'invasion extérieure, et il y aura un conflit entre les deux pays très différents aussi longtemps qu'ils seront forcés à vivre dans le même Etat. Ce qui est arrivé de l'extérieur sont des armes et des idées, et c'est précisément parce que certains acteurs ont compris qu'en se réclamant de certaines idées ils recevraient des armes qu'ils l'ont fait. L'Algérie, pourtant bien plus puissante que la France dans le Sahara et bien plus concernée par l'éventualité de l'apparition d'un Etat saharien touareg au contact de ses régions maures et berbères, s'est pour sa part bien gardée d'intervenir, sans omettre cependant de marquer à In Amenas son intransigeance sur sa souveraineté territoriale et son refus de négocier avec des preneurs d'otages.
 
Sur le plan militaire il ne faut pas croire que tout problème révèle ou appelle une solution. Certains problèmes sont surtout la révélation d'un échec (ou d'une omission) de la prévention, et n'ont pas nécessairement de solution, ou du moins de solution militaire. En tout cas la solution n'est certainement pas la poursuite, après chaque coup de main imprévisible, de colonnes de pilleurs nomades insaissables dans un désert immense, et une compagnie même héliportée et éclairée par satellite ne couvrira jamais la Belgique. Quant à la prévention, au-delà de la présence et de l'action positive des services publics sur tout le territoire revendiqué par l'Etat (la nature a horreur du vide et les populations n'aiment pas l'abandon), fût-il pauvre, elle implique au minimum aussi une présence militaire permanente, dans chaque village, intégrée à la population. Evidemment cette présence peut difficilement être mise en oeuvre par une armée noire raciste parmi une population blanche raciste, et le gouvernement malien n'a aucune intention de donner une formation militaire, ou même simplement un uniforme et un tampon, aux éventuels gens d'armes des tribus touarègues et arabes au nord du fleuve. Quant à des troupes (noires pour l'essentiel) envoyées par l'Union Africaine malgré elles pour marquer que c'est l'Afrique et qu'on est solidaire du Mali, ou des observateurs (martiens pour l'essentiel) envoyés par l'Union Européenne sur per diem pour marquer qu'on est solidaire de la France mais que ce n'est pas la France, cela ne peut pas être bien accueilli par ces peuples, et a d'ailleurs peu de chance de se trouver au marché, dans les ruelles ou sur les pistes hors barraquement sécurisé.
 
Le problème fondamental des dispositifs multinationaux temporaires, même reconduits tous les six mois pendant vingt-cinq ans c'est-à-dire une génération ou une carrière militaire, c'est justement qu'étant temporaires ils n'engagent par les uns et ne rassurent pas les autres. La seule langue d'ailleurs exigée pour ces déploiements tournants de six mois est celle nécessaire à la coordination du dispositif multinational (anglais ou swahili par exemple) et il n'est même pas tenté de communiquer avec le gouvernement hôte dans sa langue (français à Bamako), pour ne pas parler des dialectes locaux de la population. La French touch, en anglais dans le texte désormais, n'est plus que le vague souvenir d'un "esprit" auquel les bureaux (en conteneur climatisé) d'action civilo-militaire à l'étatsunienne n'associent plus aucune action ou compétence spécifique. Aucun multinational anglophone n'est venu demander pourquoi l'allemand était très porteur dans l'armée française avant qu'on sache que le 2° Corps d'Armée resterait si longtemps, pourquoi les seuls professeurs d'amharique au monde se trouvent à l'INALCO, pourquoi l'arabe a pendant si longtemps eu le même coefficient aux concours militaires français que le russe, ou pourquoi l'EIREL a constitué sa cellule de serbo-croate et initié tous les contingents en partance avant même qu'on sache que la FORPRONU en Croatie durerait plus d'un an, et qu'une guerre de plusieurs années démarrerait bientôt en Bosnie et Herzégovine. Et personne ne s'est demandé pourquoi l'armée française, qui a finalement passé une décennie en Afghanistan pour une instable coalition sans drapeau ni responsabilité politique, n'a pas appris le pachtoune.
 
Au Mali comme ailleurs, la seule méthode de pacification possible en profondeur est celle qui a disparu avec la Société des Nations, le mandat de protection donné à un pays unique et clairement identifié, pour une durée qui permette l'engagement des personnels intéressés (militaires, administrateurs, enseignants…) et qui rassure les populations d'accueil. C'est aussi le meilleur cadre pour la coopération continue et donc le développement durable. C'est d'ailleurs encore possible, par le biais d'un partenariat bilatéral sans honte et affranchi des tutelles idéologiques supranationales.
 
Les frères d'armes africains des troupes de marine françaises le disent volontiers, comme le savent d'ailleurs aussi les coopérants humanitaires, dits non gouvernementaux, algériens en Afrique subsaharienne. Mais cela nécessite une volonté politique indépendante, prospective et décomplexée. Parfois c'est à Paris qu'il faut chercher la clef des problèmes africains.

mercredi 24 janvier 2018

question étatsunienne au Kurdistan

En vue d'une saisine du Conseil de Sécurité de l'ONU par la France, on s'interroge subitement sur la question kurde. Cependant il n'y a rien de nouveau chez les Kurdes depuis près d'un siècle, ils restent partagés entre la Perse et les pays issus du démembrement inachevé de l'empire ottoman, à savoir Turquie, Irak et Syrie pour l'essentiel.
 
On pourrait plutôt s'interroger sur la question étatsunienne. Car là par contre il y a du nouveau, puisqu'après la défaite de leurs supplétifs de l'Etat Islamique ils entendent maintenant engager une armée kurde, toujours contre la Syrie.
 
En octobre les Etats-Unis ont assuré et protégé l'exfiltration des combattants de l'Etat Islamiques, essentiellement des mercenaires étrangers, de la ville de Raqqa qu'ils avaient rasée avec l'aide de leur "coalition" atlantico-islamiste et qui était sur le point d'être libérée par les forces syriennes. Ils ont alors acheminé ces terroristes, soit près de 4000 personnes d'après un reportage de la BBC, vers le nord. Pour mémoire, lorsque le 9 novembre la Syrie s'en est plainte à l'ONU, la France n'a rien trouvé à redire à ce sauvetage et redéploiement, par les Etats-Unis, de cette armée étrangère en Syrie. Puis en novembre lorsque les Etats-Unis ont annoncé qu'ils continueraient d'occuper l'est de la Syrie même après la défaite de l'épouvantail islamiste qu'ils y avaient créé, la France n'y a pas vu de menace à la paix et la stabilité internationale, y compris quand les Etats-Unis ont déclaré mensongèrement, le 14 novembre (par la voix de James Mattis) que l'ONU les avait autorisé à faire intrusion en Syrie. La première décade de novembre les Etats-Unis ont encore fourni leur couverture aérienne à l'Etat Islamique pour couvrir la retraite de ses gros contingents (des milliers de guérilleros) fuyant devant l'armée syrienne, par exemple quittant Abou Kamal en direction de Wadi al-Sawab. En novembre et décembre les Etats-Unis ont encore retiré et redéployé des forces islamistes, et dans la nuit du 28 au 29 décembre ils ont exfiltré de Deir ez-Zor, par hélicoptères, une cinquantaine de chefs de l'Etat Islamique.
 
Après avoir clamé pendant tout novembre et décembre qu'ils ne quitteraient pas la Syrie (ils ont aujourd'hui des forces dans 149 pays soit plus de trois-quarts des pays du monde) après la défaite de l'Etat Islamique, les Etats-Unis ont déclaré le 14 janvier qu'ils avaient commencé à fonder une nouvelle armée de 30000 hommes dans les régions syriennes qu'ils occupent. Pudiquement présentée comme "force de sécurité aux frontières", ils ont bien précisé qu'elle serait en Syrie, pas aux frontières, et aurait pour mission d'empêcher la réinstallation de la souveraineté gouvernementale et le rétablissement des services publics dans les régions dont l'Etat Islamique s'est retiré (sous leur protection donc), c'est-à-dire que cette nouvelle armée relèverait les forces terroristes. Dans un premier temps ils déploieront cette force dans la vallée de l'Euphrate, sur la limite occidentale, qu'ils appellent ouvertement frontière, de leur zone d'occupation confiée à leurs jeunes "Forces Démocratiques Syriennes". En clair, les Etats-Unis comptent créer une frontière entre la partie non occupée de la Syrie et le triangle à l'est de l'Euphrate, et évidemment soustraire définitivement cette zone occupée, soit le tiers du pays, à la souveraineté syrienne. Ils entendent donc instaurer un nouveau régime d'occupation pour prendre la relève de l'Etat Islamique en Syrie, sauf qu'ils accorderont à cette nouvelle entité politique leur reconnaissance et soutien militaire direct, alors que jusqu'à présent ils prétendaient (mensongèrement) combattre l'Etat Islamique dont ils partageaient le but, abattre le gouvernement syrien. Certes il n'y a jusque-là rien de bien surprenant.
 
On se souvient que la révolution des vendredis midis à la sortie des mosquées, en 2011, avait débuté dans les régions arabes sunnites (du centre), les plus sensible aux ferments qataris, séoudis et étatsuniens. Ce n'est qu'au bout de deux ou trois ans d'exactions, de leur généralisation et de leur extension vers le nord, que les milices kurdes, à l'origine des organisations folkloriques tribales, ont décidé de prendre les armes et de se joindre aux forces gouvernementales. Les Kurdes sont certes aujourd'hui en majorité sunnites, mais historiquement rétifs, comme tous les peuples d'origine perse, à la colonisation arabe, et particulièrement satisfaits de la cohabitation organisée par le régime laïque syrien, surtout en comparaison avec le chaos fomenté par les Etats-Unis dans tout le Proche-Orient depuis 1991, c'est-à-dire depuis le retrait des diplomaties soviétique et française et, accessoirement, la fin de la première guerre du Golfe menée par l'Irak (alors aussi sous régime laïque) contre la révolution islamique iranienne. On a d'ailleurs rapidement pu noter la mixité religieuse (et sexuelle, certes moins que dans l'armée régulière syrienne) des forces kurdes, les Unités de Protection du Peuple. Mais les Kurdes ne voulaient pas aller combattre hors de leurs régions. Ils ont bien soulagé l'armée gouvernementale en tenant leurs positions, en coordination avec elle, mais ont décliné ses invitations vers le sud. Ils ont par contre subi plusieurs grosses offensives conventionnelles turques depuis le début de la guerre contre la Syrie, pour l'essentiel calmées depuis le début de l'assistance militaire accordée par la Russie à la Syrie, et quelques hostilités désordonnées de la part des Turcomans, autre peuple non Arabe du nord de la Syrie. Pour mémoire ce sont les Loups Gris turcomans qui ont assassiné le pilote de l'avion russe abattu en Syrie par la Turquie.
 
Les forces kurdes ont cependant participé à la libération d'Alep (occupée par Al-Nosra du "bon boulot") par l'armée syrienne sous supervision russe, et ont aussi à contre-coeur participé aux derniers combats contre l'Etat Islamique autour de Raqqa, d'une part par solidarité avec leurs voisins Syriaques et Arabes et d'autre part pour éviter un repli des forces islamistes vers le nord (hélas le commandement étatsunien les a faits contourner par l'est). Elles ont aussi été témoins des énormes fournitures d'armement envoyées par les Etats-Unis à l'Etat Islamique et à Al-Qaeda (localement Al-Nosra). Enfin les Kurdes ont vu passer par la frontière turque et sur leur territoire toutes les fournitures d'armement envoyées à la centrale de réception "Armée Syrienne Libre", chérie des formateurs d'opinion européens. Fin 2015 celle-ci, croulant probablement sous les armements venus par la Turquie et que les forces islamistes en difficulté ne venaient plus chercher, a cédé aux pressions étatsuniennes pour former une véritable milice, dite "Forces Démocratiques Syriennes" bien réelle (mais déloyale à la démocratie élue qui siège à Damas). Il y a alors eu une scission de l'Armée Syrienne Libre, une faction à dominante turcomane restant une centrale d'approvisionnement virtuelle alimentée à partir de la Turquie, et une autre faction devenant une véritable milice, au début à forte dominante kurde, puis basculant progressivement à une majorité arabe au fur et à mesure de sa progression vers le sud. Les Etats-Unis revendiquent la création de ces Forces Démocratiques Syriennes, alors que leur principal dénominateur commun est la lutte contre l'islamisme. Il est donc plus vraisemblable que cette coalition hétéroclite et même multiconfessionnelle, puisqu'elle comprend des unités syriaques chrétiennes, soit née de l'opposition aux dictatures de l'Etat Islamique et d'Al-Nosra, dans les régions orientales d'où l'armée régulière syrienne avait été chassée mais avec laquelle elle s'est très bien coordonnée pour la libération d'Alep en 2016.
 
Contrairement à ce que peut clamer la Turquie, les Kurdes de Syrie n'ont aucune prétention territoriale extérieure, et surtout pas contre un Etat puissant comme la Turquie. Ils sont satisfaits de la cohabitation pacifique des peuples sous le régime démocratique laïc de Syrie, qui leur a accordé d'ailleurs une plus grande autonomie politique depuis le début de la guerre. Branche d'un peuple originellement nomade divisé depuis quelques siècles entre la Perse et l'empire arabe puis ottoman, ils sont évidemment pragmatiques et savent qu'un Etat souverain enclavé dans les terres et entouré de puissances islamistes comme l'Iran, la Turquie et les régimes arabes sunnites islamistes par lesquels les Etats-Unis remplacent peu à peu les Etats laïques de la région, serait intenable et peu indépendant. Or ils savent aussi que la Turquie ne leur permettra jamais l'accès à la mer dans le nord-ouest de la Syrie. Ce n'est donc pas en leur promettant des armes que les Etats-Unis peuvent les séduire et les retourner contre le gouvernement syrien. La seule promesse qui pourrait les faire se rebeller contre le gouvernement syrien, seul garant possible de la cohabitation des peuples entre le Tigre et la Méditerranée, c'est la promesse d'un Etat indépendant avec fort soutien militaire des Etats-Unis. En annonçant la création et la reconnaissance d'un nouvel Etat dans le triangle oriental de la Syrie, les Etats-Unis effectuent cette promesse, même si le sud de ce triangle est plus arabe que kurde, gage de prochains conflits. Il n'est pas certain que les Kurdes y adhèrent, surtout après avoir vu ce que les Etats-Unis ont fait du Kurdistan irakien en prétendant diviser l'Irak en trois, puis en armant des hordes arabes sunnites pour les lancer sur les Kurdes. Mais les Etats-Unis espèrent compromettre les forces kurdes auprès des gouvernements syrien et russe, et c'est peut-être le motif de l'attaque de drones "en essaim" (première mondiale de cette tactique jusque-là théorique) contre les bases de Hmeimim (aérienne) et Tartous (logistique) le 6 janvier, dont il a cependant vite été établi que même si elle était venue d'une zone rebelle cette attaque ne pouvait, en termes technologiques comme de compétences, qu'être l'oeuvre des Etats-Unis.
 
Quant à la Turquie, le seul reproche que lui faisait jusqu'à présent la France était une détérioration de l'état de droit depuis la tentative de coup d'Etat de juillet 2016. C'est, d'après Emmanuel Macron le 6 janvier, la raison pour laquelle les négociations d'adhésion ne progressent pas, puisque comme la Commission Européenne qui mène ces négociations, la France n'a pas l'intention de reprocher à la Turquie son occupation militaire de Chypre, ni d'exiger la fin de cette occupation d'un membre de l'Union Européenne en préalable à la poursuite de négociations entamées en toute connaissance et acceptation de cet état de fait. Or, tandis qu'une centaine de résolutions de l'ONU condamnant formellement cette occupation s'entassent sur une étagère poussiéreuse à New York, l'Union Européenne a décidé en 2015 de verser un tribut annuel de trois milliards d'euros à la Turquie en remerciement des deux millions d'intrus qu'elle a introduits illégalement dans l'espace Schengen sur les quatre derniers mois de 2015 en réponse à l'appel du 24 août lancé par Angela Merkel et François Hollande (voir la Huitième Plaie). Aussi sans changement d'attitude brutal et solide il n'y aucune chance ou raison pour que la Turquie prenne la France ou l'Union Européenne au sérieux en quoi que ce soit. Sauf erreur, quand en 2015 la Turquie a attaqué frontalement la Syrie, que son aviation a bombardé la ville kurde syrienne de Kobané (ou Aïn al-Arab) et qu'un mois et demi plus tard le petit Aylan Kurdi (kurde syrien de Kobané), fuyant les bombardements turcs, se noya au large d'une plage turque, le gouvernement français, comme ses voisins et comme le directorat uniopéen, a vertement culpabilisé les peuples européens pour leur égoisme, et demandé à la Turquie d'expulser plus de Syriens vers l'Europe...
 
Aussi la soudaine préoccupation de la France, qui annonce saisir le Conseil de Sécurité d'une menace à la paix et la sécurité internationale en raison de l'intervention turque en Syrie, est ridicule et scandaleuse. Elle est ridicule puisque ce n'est pas la première fois, depuis 2011, que la Turquie attaque la Syrie ou envahit ses régions frontalières. Elle est scandaleuse parce que la France participe aussi à l'agression et l'invasion de la Syrie, qu'elle y a des forces permanentes au sol et peut-être même des avions sur les bases aériennes d'occupation étatsuniennes, et surtout qu'elle omet de mentionner l'occupation et l'ablation d'un tiers de la Syrie par les Etats-Unis d'Amérique et leurs alliés et supplétifs. Dans le cas spécifique présent, la menace à la paix c'est quand les Etats-Unis ont annoncé leur fondation d'une nouvelle armée sur le territoire de la Syrie, et c'est en réaction à cette menace que la Turquie a décidé de l'empêcher, en violation certes du droit international et de la souveraineté de la Syrie, comme les Etats-Unis. D'ailleurs la base aérienne de Menagh (nord-ouest), bombardée par la Turquie à Afrine ce samedi 20 janvier, était utilisée par les Etats-Unis pour livrer des armes à leurs Forces Démocratiques Syriennes.
 
Thierry Meyssan exposait récemment (www.voltairenet.org/article199359.html) que la France se préparait à reconnaître prochainement la souveraineté d'un Etat kurde proclamée par les Etats-Unis sur le territoire de la Syrie, le Rojava. Or un Etat kurde dans le triangle nord-est de la Syrie n'est pas viable. Sans la bande du nord de la Syrie et sans accès à la mer un Etat kurde n'est pas viable. Mais surtout, en cohabitation forcée avec une population arabe sunnite dans le sud de cette région, un Etat mixte après guerre civile n'est pas viable. Petit détail, la force de sécurité aux "frontières" du triangle oriental fondée par les Etats-Unis comprend, selon leurs déclarations, 30000 hommes en cours de formation. On se rappelle que les Etats-Unis ont toujours évalué les forces de l'Etat Islamique entre 20000 et 40000 hommes, même lorsque le gouvernement syrien avait déjà enregistré l'intrusion de 300000 mercenaires étrangers. Sur leurs 30000 postes, les Etats-Unis annoncent que 15000 sont pourvus par les Forces Démocratiques Syriennes (donc mixtes kurdes et arabes). D'autres sources annoncent que le reste, à savoir 15000 prévus et 10000 déjà sur place, sont tout simplement des moudjahidines reconvertis de l'Etat Islamique, toutes ces troupes qui ont été sauvées et exfiltrées par les Etats-Unis lors de la libération de chaque grande ville par l'armée syrienne. Même formés par des coopérants militaires (et surtout par des militaires étatsuniens), ces gens-là, qui ont plus violé que mitraillé et qui ont plus manié le canif à égorger que la Kalachnikov (pardon, le M16 et autres Humvees états-uniens), ne feront jamais de vrais soldats. Ils ne pourront jamais être mélangés dans des unités mixtes avec les volontaires kurdes ou syriaques qui ont pris les armes pour défendre leur famille contre les égorgeurs-violeurs. Ils pourraient être confinés dans des unités homogènes déployées, justement, aux limites extérieures d'un territoire, mais ne résisteront pas à la tentation de s'en prendre aux populations. Tôt ou tard cette armée supplétive étatsunienne volera en éclats, ou du moins en deux factions, et tôt ou tard l'Etat en question se divisera entre nord kurde et sud arabe, au minimum.
 
Comme d'habitude les décideurs étatsuniens démontrent leur méconnaissance et leur mépris des sciences sociales comme l'histoire, la sociologie et la polémologie, et des sciences humaines comme la psychologie et la religion. Comme d'habitude aussi, peu importe puisque leur but principal est de créer du chaos. L'ironie est que seule leur sorcellerie d'apprenti pourrait rapprocher (temporairement) les intérêts perses et ottomans, ce qui n'est évidemment pas dans leur intérêt.
 
Les peuples d'Europe et d'Asie mineure (Perse incluse) devraient se réjouir d'une dispute entre les deux premières puissances militaires de l'OTAN. Et elle est sérieuse, la Turquie ne sachant accepter la création d'un Etat kurde. Mais la France devrait se tenir à l'écart de cette affaire. Les pays européens ont suffisamment de griefs sérieux envers la Turquie, qu'ils ne traitent pas, pour ne pas avoir besoin de se fâcher en plus pour un motif illicite et insoutenable.
 
Au Kurdistan il n'y a rien de nouveau, aux Etats-Unis une faute stratégique de plus.

lundi 15 janvier 2018

à remiser au musée

Les ancêtres de nos petites têtes brunes avaient une sous-culture de quai de gare. Je viens de retrouver un vieil Almanach Vermot avec une blague par jour.
 
"Dédé le camionneur musclé prit en auto-stop une Brésilienne bronzée..."
    - homophobe !
"Dans un compartiment de train un Juif demande à un Arabe..."
    - fasciste !
"Julie demande à Jules de sortir le chien pour ses besoins..."
    - suprémaciste !
"Un aveugle avait posé sa canne blanche contre un mur..."
    - discrimination !
"Doume appelle de Marseille son vieux père à Ajaccio..."
    - ah non !
"En sortant du pub un Ecossais trouve sur le trottoir..."
    - scandaleux !
"Un rabbin, un curé et un moufti arrivent au Paradis..."
    - pas d'amalgame !
"Une nuit Ali Baba suivit secrètement les quarante..."
    - diffamation sans preuve !
"La mère de Toto l'envoya acheter des saucisses..."
    - censuré !
"Trois copains d'école Luigi, Helmut et François..."
    - néonazi !
"Mujo (Munib) va voir son copain Haso (Hasan)..."
    - un mot de plus et je vous dénonce !
"Un client polonais entre dans sa banque..."
    - ça commence mal !
"C'est un Belge qui demande des frites..."
    - insultant !
"Le gros Hardy et le maigre Laurel..."
    - 17° chambre !
"Marius rencontre Olive au bistrot..."
    - cliché de vieux con rétro !
"Eh dis donc là, présentement..."
    - raciste !
"Monsieur regarde Madame..."
    - machiste !
"Une blonde..."
    - sexiste !
"Sans paroles"
    - votre regard en dit long !
 
En ce début 2018, j'ai brûlé le recueil de blagues de mon père avant que mes enfants le trouvent et s'attirent des ennuis. Si quelqu'un connaît de l'humour qui ne soit pas moquerie de l'autre, qu'il me fasse rire. Sinon, brûlons ensemble notre passé de méchants. Et bonne année quand même.

mardi 26 décembre 2017

la fin de la laïcité

La prohibition progressive de la fête de Noël signale la fin de la laïcité en France.
 
Pour mémoire, l'ancêtre grec du mot laïc est simplement relatif au peuple par opposition à l'élite éduquée, tandis que l'ancêtre grec du mot clerc est relatif au fortuné par opposition à l'inchanceux. Puis au début de la christianisation ce mot grec de kleros a désigné tous les membres de l'Eglise par opposition aux personnes qui n'ont pas reçu la révélation christique, et s'est donc appliqué à l'ensemble du peuple des croyants, contrairement à aujourd'hui, avant d'être progressivement réduit à désigner la hiérarchie religieuse consacrée. A son tour le latin a associé au mot clerus la notion de prêtrise dédiée, puis plus tard de profession lettrée, donnant les deux acceptions du mot français clerc désignant le clergé ecclésiastique et le secrétariat civil, le bon peuple reprenant la désignation de laicus en latin puis lai ou laïque en français.
 
Laïque n'a jamais signifié anti-clérical. Aujourd'hui encore, le terme de laïc est plutôt un terme chrétien désignant les personnes non consacrées, le vocabulaire philosophique appelant athées les incroyants, et le vocabulaire politique appelant anticléricaux les "bouffeurs de curés". Evidemment l'existence de mots distincts pour désigner un clerc et un laïc n'est nécessaire que dans les religions où existe un corps dédié à la pratique ou à l'enseignement, alors que certaines religions refusent la notion de consécration des guides, comme d'autres refusent de considérer le peuple comme profane, le lien avec Dieu (étymologie du mot religion) concernant tout le monde, de la même manière qu'une philosophie en expansion en France attribue les obligations guerrières à tous les hommes sans en faire un métier.
 
Le christianisme a, dès l'origine, affirmé la séparation de la gestion des sphères temporelle et intemporelle quand Jésus a prescrit de rendre respectivement à César et à Dieu ce qui relevait de l'une et de l'autre. Ces sphères se sont confondues quand pratiquement toute la société a été chrétienne, ce dont l'empereur Constantin a pris acte. Il l'a d'ailleurs fait en tant que chrétien restant à sa place de laïc, contrairement aux monarques divinisés d'Egypte, du Japon et du Tahuantinsuyo ou encore aux califes, commandeurs des croyants et autres guides suprêmes d'aujourd'hui. Puis, en Occident du moins, l'effondrement de l'Etat romain a regroupé le peuple autour de la seule hiérarchie encore organisée de l'échelon local jusqu'au continental (l'ecclésiale), hormis quelques anciens fonctionnaires étatiques soudain orphelins qui durent alors faire allégeance morale à l'Eglise pour légitimer et pérenniser quelque autorité locale d'abord féodale puis proto-étatique. Tandis qu'à l'ouest un royaume construisait un Etat civil toujours plus uni, à l'est et au sud (de l'ancien empire romain d'Occident) plusieurs centaines de provinces et cités se sont confédérées et défédérées inlassablement selon des modalités épiscopales associant volontiers la couronne et la tiare.
 
Nonobstant leur sacre plus comparable à un baptême qu'à une création épiscopale, les rois très chrétiens et scrupuleusement laïcs de France ont, siècle après siècle, avant et après la malheureuse parenthèse impériale de 800 à 987, confiné les patriarches de Rome à leurs compétences dogmatiques (et les empereurs à leurs fiefs territoriaux), quitte à prétendre protéger une "église des Gaulles" jamais vraiment séparée, quitte à être souvent en guerre contre le reste de l'Europe, quitte même à aller militairement battre, désarmer et rasseoir sur le siège de Saint Pierre ses successeurs, pasteurs égarés dans le temporel. Tout cela n'empêchait pas l'Etat de se réclamer officiellement du fondement philosophique de la civilisation, la religion chrétienne, dans laquelle se reconnaissaient (sans obligation de baptême) la quasi totalité des régnicoles d'Europe, d'Amérique et d'Asie. Cette civilisation respecte l'homme comme être aimé de Dieu, et sépare la conduite divine des âmes de l'administration humaine de la société. Pendant longtemps c'était en France plus qu'ailleurs qu'on pouvait distinguer entre laïc et clerc. La laïcité est un concept chrétien mais c'est en France qu'il a été le mieux accompli.
 
La révolution dite française, conçue en Angleterre par les loges maçonniques, était sous des apparences anticléricales foncièrement antichrétienne. Pour s'en tenir à l'aspect matériel sans entrer dans l'humain, en prétendant confisquer les biens de l'Eglise elle a en réalité volé les biens à finalité religieuse des peuples de France, qui avaient mis des décennies à construire leurs églises paroissiales (et des siècles pour leurs cathédrales épiscopales) sans demander un sou à Rome ou à Paris. Plus de deux siècles plus tard, et un quart de siècle après que les gouvernements d'Europe orientale aient restitué aux communautés chrétiennes (et juives) leurs biens confisqués par les régimes communistes, le régime révolutionnaire français ne s'est même pas posé la question. En nationalisant l'Eglise de France, la révolution avait failli pousser toute la chrétienté du pays, c'est-à-dire l'essentiel de la population, à se détourner de ses évêques réquisitionnés et à se tourner vers la papauté, et ne l'a finalement empêché qu'en conquérant Rome. Un siècle plus tard la proclamation de la séparation de l'Eglise et de l'Etat a certes prétendu rendre sa liberté à l'Eglise, c'est-à-dire aux peuples chrétiens de France, mais sans lui rendre ses biens spoliés, et dans le cadre d'une politique secrète de déchristianisation confiée à la Franc-Maçonnerie, illustrée par l'affaire des fiches.
 
Si c'est de là qu'est né le concept nouveau de laïcité, il visait plus particulièrement les laïcs, comme l'anticléricalisme du siècle précédent avait visé les clercs.
 
Mais encore un siècle plus tard voilà qu'une nouvelle orientation du régime apparaît. En contradiction avec la séparation des cultes et de l'Etat pratiquée pendant un millénaire, piétinée au XIX° siècle et professée au XX°, le gouvernement entend désormais s'ingérer dans la vie religieuse des citoyens. Il a commencé par introduire une dimension religieuse au débat surgi il y a une vingtaine d'années après l'apparition des premiers visages masqués sur la voie publique, faisant comme on le dénonçait à l'époque d'un détail technique d'ordre public (interdiction de la nudité, prohibition du port d'arme et obligation du visage découvert) une question de société donc créant une revendication là où il n'y avait aucune demande. S'obstinant à y voir un symbole religieux l'Etat s'est alors acharné contre tous les autres symboles religieux visibles même discrets, comme croix et médailles (oubliant incompétemment l'alliance), kippa et étoile de David, mais n'a pas osé s'attaquer aux idéologies puissantes à la mode en prohibant les arcs-en-ciel de l'orgueil sodomito-lesbien, les symboles pendentifs cabalistiques et le taijitu taoiste.
 
Depuis lors, les mairies et collectivités déjà distinguées dans le palmarès de Joachim Veliocas sont passées de la subvention discrète (et illégale) de l'islam à sa promotion ouverte, notamment à l'occasion de la fête de l'égorgement, et montrent désormais qu'il s'agit d'une préférence puisque dans le même temps elles interdisent une à une toutes les expressions du christianisme dans l'espace public, sous des motifs divers confirmés par le Conseil d'Etat qui applique la "conception française de la séparation des pouvoirs" explicitée par le Conseil Constitutionnel en janvier 1987, faisant à l'occasion se retourner Montesquieu dans sa tombe. Pour sa part le pouvoir judiciaire constitue peu à peu la jurisprudence de délits religieux ou d'expression d'opinions, dont un délit de blasphème, un délit de profanation etc. qui ne s'appliquent qu'à une seule religion. Ainsi les peines appliquées pour dépôt silencieux d'une pièce de porc devant une mosquée fermée sont désormais systématiquement bien plus lourdes que celles appliquées, s'il y en a, pour introduction dans une église en tenue indécente, interruption d'office, insultes envers les fidèles, voies de fait et destructions matérielles. Et c'est parfois au nom usurpé de la même laïcité que l'appareil étatique encourage les attaques contre le christianisme et professe le respect de l'islam.
 
Or justement, rien n'est plus étranger à l'islam que la notion de clercs et surtout de laïcs. Tout Mahométan a des devoirs islamiques, dont ceux d'actions sacrées ou sacrifices, notamment lorsqu'il est en présence de non-Mahométans. Ces devoirs vont bien au-delà de la pratique religieuse (étymologiquement relation avec Dieu) et touchent à la société mais aussi à autrui en tant qu'individu ou être humain vivant (au départ). Ainsi il est attendu de tout Mahométan qu'il ne soit pas seulement assistant mais officiant. Le Chrétien ou le Juif laïc prie chez lui ou à l'office tandis que le prêtre ou le rabbin procède au rituel sacré, alors que le Mahométan non moufti officie lui-même, et pas uniquement en s'adressant à Dieu mais aussi en agissant auprès (et sur) les autres au nom de Dieu. La notion de laïcité n'existe pas en islam. De même, l'islam étant plus une société qu'une foi, il ne conçoit pas l'athéisme. On naît en Islam comme on naît dans un pays, personne ne se pose la question des croyances personnelles ou des doutes d'un enfant né de parents musulmans, et lui être infidèle est une apostasie punissable de mort. Dans ce système de société (et même civilisationnel) complet où la religion est l'idéologie de l'Etat et où l'Etat est l'accomplissement de la religion, les philosophies questionnant l'existence d'un Dieu n'ont pas de place, Allah est une évidence révélée et il n'existe que différents degrés d'infidélité, jusqu'à l'extrême qui est l'adoration de faux dieux, le matérialisme existentiel athée n'étant que l'une de ces religions erronées, en l'occurrence une adoration de l'homme dictée par le diable Satan. Il n'y a pas de laïcité croyante en islam, et il n'y a pas non plus d'athéisme areligieux.
 
Ce que les peuples de France constatent à chaque fois que la république soi-disant laïque se mêle de religion, enfreignant le principe chrétien (conservé dans la société matérialiste post-chrétienne) de séparation des compétences temporelle et religieuse, c'est qu'elle a décidé de leur imposer une idéologie étrangère (inhumaine au demeurant), et pas seulement en matière religieuse mais dans toutes les sphères de la vie sociale organisée.
 
La préservation de la fête de Noël, repère majeur multiséculaire du calendrier civil et légal sans considération des croyances intimes des uns et des autres, est l'occasion pour les laïcs (abandonnés par les clercs), mais aussi pour les athées, de s'opposer à la confessionnalisation oppressive de l'Etat.

vendredi 22 décembre 2017

le plébiscite catalan légitime le referendum d'octobre

Le plébiscite de l'indépendantisme, organisé en Catalogne par le gouvernement espagnol en violation de l'article 152 de la constitution espagnole et des articles 4 et 75 du statut catalan, valide le referendum et reconduit l'impasse.
 
Le 28 octobre 2017, le gouvernement espagnol a fallacieusement invoqué la constitution du 27 décembre 1978 pour révoquer le gouvernement catalan restauré le 29 septembre 1977. Plus précisément, ayant obtenu la veille l'autorisation sénatoriale d'appliquer l'article 155 de la constitution, c'est-à-dire de donner des ordres directs aux autorités catalanes ("el Gobierno podrá dar instrucciones a todas las autoridades de las Comunidades Autónomas"), il les a carrément révoquées, ce qui perturbe depuis lors le sommeil des constitutionnalistes tant espagnols que catalans. Tout en se refusant à proclamer l'état de siège prévu à l'article 116 de la constitution, seule possibilité légale de retrait (temporaire) de compétences au gouvernement d'une communauté autonome, le gouvernement central s'est même permis de convoquer des élections catalanes, s'arrogeant de facto les compétences qui appartiennent de jure au président catalan selon l'article 56 (alinéa 4) du statut d'autonomie. Le parlement catalan ayant cependant accepté sa dissolution anticipée par violation de l'article 66 du statut, qui attribue exclusivement au président catalan la compétence de le dissoudre, il est effectivement renouvelé par le scrutin de ce 21 décembre.
 
C'est vraisemblablement pour éviter une condamnation internationale, et en particulier l'application de l'article 7 du Traité sur l'Union Européenne qui aurait facilité la reconnaissance de l'indépendance de la Catalogne par l'Union Européenne, que le gouvernement espagnol s'est refusé à proclamer l'état de siège, quitte à violer les deux constitutions, et l'absence de tollé à ce sujet lui a donné raison. De même, c'est vraisemblablement pour éviter l'affront d'un refus catégorique de la Belgique (voire l'octroi de l'asile politique) que le gouvernement espagnol a retiré au bout d'un mois le mandat d'arrêt international concernant le président catalan Carles Puigdemont actuellement exilé en Belgique (avec quelques ministres), tout en répétant qu'il serait arrêté dès son retour en Espagne.
 
Conformément à l'article 67 du statut, le président catalan, nommé par le roi en janvier 2016 et irrévocable par le gouvernement espagnol, mais certes passible d'inéligibilité par décision judiciaire comme son prédécesseur après plus de deux ans de jugement, a officiellement cessé ses fonctions aujourd'hui de par l'élection d'un nouveau parlement. Le scrutin, bien que convoqué un jour de semaine car il se trouve plus de séparatistes parmi les jeunes et plus d'unionistes parmi les retraités, tenu en l'absence d'observateurs étrangers et avec interdiction de publication de sondages depuis samedi, a cependant connu une participation record de 82 %, et à peu de choses près répété les résultats du scrutin de septembre 2015.
 
Dans l'ensemble les Catalans ont plébiscité leur parlement illégalement dissous, reconduit leurs députés, exprimé leur confiance et renouvelé leur mandat au gouvernement anticonstitutionnellement déposé.
 
Le Parti Populaire (droite) au pouvoir à Madrid a évidemment été désavoué et perd des sièges par rapport à la dernière législature, ses sympathisants ayant préféré voter pour le parti Citoyens, qui termine ainsi premier parti de Catalogne (en forte progression) bien qu'incapable de former un gouvernement, ni seul ni en lui alliant le Parti Populaire, voire le Parti Socialiste et même le parti ambigu En Commun Nous Pouvons. Les partis indépendantistes Gauche Républicaine et Ensemble pour la Catalogne (droite), qui avaient formé une liste commune il y a deux ans et s'étaient alliés à la Candidature d'Unité Populaire (extrême-gauche indépendantiste) pour gouverner, arrivent en deuxième et troisième position et peuvent de nouveau former un gouvernement en s'alliant de nouveau à la CUP. Ces deux grands partis passent ensemble de 62 à 66 sièges sur 135, et si leur allié la CUP au langage extrémiste passe de 10 à 4 sièges en perdant 43 % de son électorat, l'indépendantisme a au total progressé d'une centaine de milliers de voix (l'abstention ayant baissé) et garde ainsi la majorité absolue au parlement catalan. Jusqu'à présent Ensemble pour la Catalogne déclarait ne pas vouloir investir d'autre président que Carles Puigdemont, le président en fonction jusqu'à ce jour et en exil en Belgique, et la Gauche Républicaine déclarait vouloir investir l'actuel vice-président "non déserteur" Oriol Junqueras, emprisonné mais légalement pas plus inéligible que Puigdemont puisque la justice n'a pour l'instant condamné que les membres du gouvernement échu fin 2015. Sauf erreur le seul élu qui ait déclaré abandonner la vie politique est Carme Forcadell, la présidente du parlement dissous par l'élection d'aujourd'hui. Le plus surréaliste est que le parti des anarchistes "indignés" En Commun Nous Pouvons, qui confirme son ambiguïté puisque le maire de Barcelone Ada Colau a appelé ce matin à voter pour la souveraineté alors qu'elle avait facilité en octobre le coup institutionnel espagnol, n'a pas été sanctionné par l'électorat, mais s'est lui-même marginalisé au centre de l'éventail politique, incapable d'apporter un appui décisif ou utile même en sièges (sans parler évidemment de programme) pour la constitution d'un gouvernement.
 
Fidèle à son indécision et à sa faiblesse conceptuelle, le gouvernement espagnol qui n'a eu aucune hésitation à violer la constitution espagnole et le statut catalan pour convoquer ces élections n'a cependant, comme en 2015, pas eu la détermination (les Espagnols usent d'un autre mot) d'interdire la présentation des partis porteurs de programmes politiques illégaux, qui prônent ouvertement la sécession, que le code pénal espagnol qualifie de sédition si elle est pacifique et de rébellion si elle est violente. Tout le travail espagnol, improvisé en octobre par refus d'affronter la réalité annoncée début 2016 et matérialisée au printemps puis à l'automne 2017, est ainsi réduit à néant puisqu'il a été permis à l'électorat catalan d'élire les mêmes partis et de reconstituer le même parlement (à quelques députés près) sur le même programme. Ce parlement a maintenant deux mois pour désigner un président de gouvernement, auquel il donnera mandat de mettre en pratique le programme sur lequel la majorité des députés ont été élus, et que le roi devra nommer. Certes, puisque le gouvernement espagnol a pu impunément déposer de facto le gouvernement catalan une première fois, il pourrait le faire de nouveau, bien qu'il ne soit pas certain que le nouveau gouvernement catalan l'avale.
 
Conséquemment à l'inexplicable débandade volontaire d'un gouvernement catalan qui, après sa proclamation de l'indépendance (évidemment contraire au droit espagnol), a accepté d'être destitué par violation multiple de la constitution, on pouvait s'attendre à ce que l'électorat catalan ne donne plus sa confiance aux mêmes partis et députés, et qu'il vote pour une grande part pour les partis loyalistes, et pour une plus petite part pour le parti séparatiste unilatéraliste. Mais l'électorat semble obstiné.
 
L'Etat espagnol, qui reconnaît un peuple catalan depuis septembre 1977, voit certainement dans le concept de démocratie un gouvernement par un peuple, mais pas nécessairement ni indépendamment par le peuple gouverné. Le peuple catalan, lui, semble avoir parfaitement compris que la démocratie permet à la fois l'irresponsabilité des gouvernants à durée déterminée et mandat limité, et l'inconséquence des votants tenus seulement de décharger leurs devoirs civiques sur des mandataires.
 
Par l'imposition de ce scrutin nouveau sans changement des modalités par rapport au précédent, le gouvernement espagnol n'a fait que démontrer d'une part son irresponsabilité historique en matière d'unité de l'Espagne, et d'autre part son mépris autant pour l'esprit de la démocratie que pour la lettre de la constitution. Cela devrait ôter leurs derniers scrupules aux séparatistes soi-disant "légalistes". Finalement, après avoir de la sorte apporté à l'électorat catalan la possibilité de plébisciter les partis, le parlement et le gouvernement qui ont organisé le referendum d'autodétermination du 1er octobre, le gouvernement espagnol peut difficilement contester la légitimité démocratique de celui-ci.
 
Pour sa part le gouvernement qui sera prochainement constitué par le parlement catalan avec pour mission de conduire le pays à l'indépendance aura le lourd handicap d'assumer la succession d'un gouvernement qui a aliéné en octobre ses deux atouts majeurs (soulignés dans la Neuvième Frontière), à savoir l'autorité sur la police catalane et la promesse d'irréversibilité du processus de sécession.
 
Si 2017 était l'année de la sécession de la Catalogne, 2018 pourrait bien être l'année de l'ingouvernabilité de l'Espagne.

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